14.02.2008

Le temps des amours

La Saint-Valentin date de la plus haute Antiquité, soit bien avant l’invention de la sainteté. C’est dire si nos racines chrétiennes, fort à la mode en ce moment, doivent beaucoup au paganisme.

À Athènes, déjà, la mi-février coïncidait avec la fin du mois de Gamélion, le mois des mariages, en l’honneur de l’union de Zeus et de Héra… ce qui pourrait bien expliquer pourquoi Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ont choisi février pour se marier.



À Rome, le 15 février était consacré à Lupercus, dieu de la fertilité. Ses prêtres sacrifiaient des chèvres, picolaient comme des Russes, couraient dans les rues de Rome à moitié nus et touchaient les passantes avec des morceaux de peau de chèvre, ce qui était censé les rendre fertiles et favoriser leur accouchement.

C’était les Lupercales.



Aujourd’hui, le prince président sacrifie David Martinon sur l’autel de la ville de Neuilly, boit la tasse dans les sondages, court dans tous les sens et touche la ménagère de moins de cinquante ans avec le bracelet de sa Rollex, dans l’espoir que ce geste thaumaturge favorise son pouvoir d’achat et accouche de meilleurs augures pour les élections.

C’est les Municipales.



Là-dessus, au IIIe siècle, un prêtre prénommé Valentin se fait remarquer par le pouvoir impérial, ce qui lui vaut de finir sous les palmes du martyre et les cippes de la via Flaminia. D’aucuns murmurent qu’au moment de lâcher les lions, l’empereur lui aurait dit : « Si tu reviens sur tes conneries, j’annule tout ». Peine perdue.

On le voit bien : la mi-février est la période faste des amours, profanes ou sacrées, d’où les mille et une fariboles galantes qui ont envahi notre civilisation avide d’opérations romantico-commerciales.

Une chose néanmoins vaut que l’on s’intéresse à cette Saint-Valentin 2008 : la formidable déclaration d’amour de Valentine (une p'tite jeune qui n'en veut), à Philippe Collin (le Lupercus de la Panique au Mangin Palace).

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02.01.2008

Janvier

La chose est entendue : le 1er janvier, c’est le début de la nouvelle année. Dans notre société plébéienne, friande du moindre prétexte pour s’en mettre plein la lampe en beuglant des vœux éculés et niais, il est d’usage de célébrer ce passage dans la liesse, voire l’hystérie collective.

Un brin de réflexion suffit à prendre conscience de l’absurdité profonde de ce rite étrange.

En effet, faire la bringue pour 2008, n’est-ce pas accorder d’injustes faveurs au temps qui passe ?

N’est-ce pas assassiner Lamartine qui, conscient que l’avenir n’apporte que des ennuis, demande au temps de suspendre son vol ? N’est-ce pas flatter naïvement toutes ces heures qui nous blessent et, pire encore, l’ultime, qui nous enterrera tous ?

C’est imparable : plus le temps passe, plus nous nous rapprochons de notre propre mort, qui rira la dernière, mais bien.

Ensuite, force est de constater qu’avec le temps, les multiples emmerdements qui pèsent sur nos fatals destins s’aggravent inéluctablement :

  • réchauffement climatique (vous rendez- vous compte que la banquise est en train de fondre ?),

  • crise financière des crédits hypothécaires américains (Jacques Attali annonce un krach comparable à celui de 1929),

  • délocalisations des industries et des services (on ne trouve plus de chaussettes de qualité),

  • poursuite de la présidence de Nicolas Sarkozy (autrement dit, recul de la civilisation et renaissance du darwinisme social),

  • amincissement d’Ingrid Bétancourt (au point de bientôt faire passer Kate Moss pour une diva dodue)...

...sans parler du scandaleux maintien de Stéphane Bern sur les ondes de France Inter

L’affreuse certitude que ce crasse galapiat va continuer de nous les briser menu ne fait-elle pas de 2008 une annus horribilis de trop ? Ne risque-t-elle pas de pousser l’honnête homme (de bon goût) au crime ?

Oui, chères lectrices, chers lecteurs, le monde n’est qu’une vallée de larmes, tout fout l’camp et il apparaît de plus en plus évident qu’à tous points de vue, c’était mieux avant.

Enfin, le début de l’année n’est qu’une affaire de convention.

Il a varié avec les époques et les peuples.
Certes, on peut noter que les Anglais, qui ne font jamais rien comme tout le monde, ont célébré la nouvelle année le 25 mars, jusqu’en 1751. On pourrait se demander pourquoi, mais les Anglais prennent toujours un malin plaisir à brouiller le sens commun : inutile, donc, de s’attarder sur leurs excentricités, ce serait leur accorder bien trop d’importance.

En France aussi, il y a eu bien des changements.
Du Moyen Âge au début des Temps Modernes, on a fêté l’an nouveau le 1er janvier, le 1er mars, à Noël, à Pâques, et même le 25 mars, comme les Anglais – c’est dire si on est con, en France, parfois, et pas seulement de nos jours. C'est Charles IX qui, au XVIe siècle, a définitivement rétabli le 1er janvier comme date du début de l'année.

Remontons aux sources de notre culture et rendons à César ce qui lui appartient, puisqu'il est le premier à avoir imaginé notre actuel calendrier.

Il faut dire que ses prédécesseurs, s’ils surent faire preuve d’une charmante fantaisie, ne brillèrent guère par le sens pratique.

L’année civile romaine, bricolée par Romulus, ne comptait que 304 jours partagés en dix mois, de mars à décembre. Janvier et février furent ajoutés en fin de course et comme bouche-trou pour que l’année civile correspondît peu ou prou à l’année solaire. Du coup, l’année commençait le jour des calendes de mars, se terminait officiellement en décembre et pratiquement en février. Noël tombait en février et les soldes en septembre. N’importe quoi, vraiment !

Jules César, en 66 après lui-même, au sortir d’une crise d’épilepsie, pique une grosse colère contre ce fichu bordel et charge son pote Sosigène d'Alexandrie de mettre au point un beau calendrier tout neuf.

[Jules César] régla l'année sur le cours du soleil, et la composa de trois cent soixante-cinq jours, en supprimant le mois intercalaire, et en augmentant d'un jour chaque quatrième année. Pour que ce nouvel ordre de choses pût commencer avec les calendes de janvier de l'année suivante, il ajouta deux autres mois supplémentaires, entre novembre et décembre, à celle où se fut cette réforme; et elle fut ainsi de quinze mois, avec l'ancien mois intercalaire, qui, selon l'usage, s'était présenté cette année-là.

Suétone, Vie des douze Césars.


En gros, l’année comporte désormais 365 jours divisés en 12 mois et commence le 1er janvier. Finaud, Jules introduit également les années bissexue... bissextiles.

Mais le véritable coup de génie du paganisme, c’est l’intronisation de janvier, mois de Janus, comme premier mois de l’année.

Car Janus n’est pas un dieu comme les autres

Janus, parfois assimilé au pré-dieu Chaos, bénéficie d’une primauté protocolaire à nulle autre pareille. C’est lui que l’on se doit d’honorer en premier, avant tous les autres dieux, même Jupiter, qui est pourtant, en principe, le grand chef.

De quoi rendre jaloux Sarkozius, le crypto-dieu bien connu de l’Élysée.

En sa qualité de dieu présidant à l'origine des choses, Janus se confond avec le dieu Soleil – Phoebus ou Apollon, c’est comme vous le sentez – et préside au mouvement annuel de l’astre qui, justement, commence à reprendre un peu de vigueur après le solstice d’hiver : les jours sont en effet bien courts, vu que les nuits sont si longues.

Mais surtout, depuis que Saturne lui a offert le don de la « double science », à savoir la connaissance du passé et de l’avenir, Janus est le dieu des passages, des changements et des commencements.

Avec son double visage – une face tournée vers l'arrière et l'autre vers l'avant -, il est le dieu du passage entre l’année finissante et l’année nouvelle.

C’est le dieu des portes : aussi est-il particulièrement honoré par les portiers, les concierges (ou, à défaut, les digicodes), les serruriers, et aussi par le célèbre petit groom vêtu de rouge de chez Maxim qui, selon Alphonse Allais, était si petit et si rouge que les clients du restaurant, étourdis par les libations du réveillon, cherchaient parfois à l’attraper pour lui arracher une patte, le prenant pour une écrevisse évadée du plateau de fruits de mer. Le pauvre ne devait alors sa survie qu’à sa promptitude à prendre la porte.

Revenons à nos Romains, car ce sont eux, les coupables initiateurs de cette stupide habitude de se réjouir bêtement du temps qui passe.

Avec le nouveau Nouvel An instauré par César, les Romains se mettent à offrir à Janus un janual, savoureux petit gâteau tout plein de dattes, de figues et de miel. Ils commencent aussi à rendre visite à leurs proches, à leur adresser des vœux ou de petits présents.

Pourquoi des petits présents ?

C’est tout bête : dès les origines de Rome, on considérait déjà de bon augure d’offrir au début de chaque année (le 1er mars, faut suivre) quelques branches coupées dans un bois consacré à Strenia ; coutume vite institutionnalisée sous le nom de Streniae, à l’origine de nos étrennes.

Pour finir, les conseils pratiques du mois.

  • Profitez de la douce poésie du givre qui fait briller la campagne de mille reflets argentés pour adresser vos vœux à votre percepteur.

  • Pour cueillir le gui, préférez un sécateur à la traditionnelle serpe d’or : c’est plus pratique et moins cher ; de même, cueillez-le en chantant non pas de vieilles mélopées celtes, mais Viens, poupoule de Félix Mayol. C’est plus entraînant.

  • Si vous êtes barbu, rappelez-vous que c’est en janvier que Landru brûla sa dernière victime et rasez-vous de près.

  • Si, avec le froid, vous vous sentez les jambes lourdes, coupez-les. N'oubliez pas la cautérisation.

  • Soyez joyeux le 14, car c’est la Saint-Félix, mais prenez un air studieux le 28, jour de la Saint-Charlemagne.

  • Profitez des longues et lugubres soirées d’hiver pour relire Baudelaire, votre sentiment de dépression n’en sera que plus réel.

  • Évitez soigneusement de faire des jeux de mots douteux avec Janus. C’est idiot et de mauvais goût.

  • Scannez votre disque dur, on ne sait jamais ce qui s’y trouve. Videz la poubelle et époussetez le ventilateur.


28.12.2007

La trêve des confiseurs

Le soleil est au plus bas de sa course, pris dans les terribles filets du solstice d’hiver. Le ciel est noir et glacé. La neige tombe et recouvre la terre. Les arbres agitent, sous le vent, leurs bras de sorciers secs et noueux. Ils font peur aux enfants.

C’est l’hiver.

Colonnes de brume, divisions de froidure et raids de verglas envahissent notre doulce France sans vergogne, comme naguère les troupes allemandes se moquant de la ligne Maginot et perçant celle, bleue de frayeur, des Vosges. C’est le général Hiver.

C’est la guerre.

Dieu merci, le Sauveur vient de naître, 2007e édition !

Il fallait bien cela pour nous distraire de nos tourments, pour nous livrer corps et âmes (du moins ce qu’il en reste) aux traditionnelles ripailles de fin d’année.

Ainsi, Noël réunit tous les membres de la famille autour d’une bonne grosse dinde sertie de marrons.

On notera que celle-ci goûte généralement assez peu cet acte de convivialité, ce qui trahit son incurable indignité : la dinde rechigne à se sacrifier pour notre bien-être et sa méfiance envers les marrons frise le racisme primaire. Sale bête.

Tandis que nous, peut-être parce que nous sommes des êtres supérieurs (à l’oie, notamment), nous rions devant la farce et surtout, guerre ou pas, pouvoir d’achat ou pas, nous pouvons enfin, totalement décomplexés, nous bâfrer de surimi de canard et nous ruiner en cadeaux dont les plus inutiles seront bien vite revendus sur ebay afin de financer nos imminentes franchises médicales.

C’est le début du bonheur.

Puis vient la nuit de saint Sylvestre. Qui connaît encore, dans son entourage, un Sylvestre ? Presque personne. Peu importe : on le fête avec moult amis et goinfreries, accompagnés de cotillons et de vin blanc qui pique.

À minuit, on franchit dans la joie et la frivolité la porte de Janus : c’est la bonne année.

On le voit bien : de Noël à Nouvel An, la période est primesautière. Oubliés les ennuis ! Ils reviendront bien assez tôt. On se roule dans le houx et le gui, dans le gras et le sucré.

C’est la trêve des confiseurs.

fc34825a12cd59fc95fd56d31a32a53a.jpgQuelle drôle d’expression ! Dérivée de l’ancien haut allemand triwa, qui signifie sécurité, la trêve est une cessation temporaire des hostilités et, par extension, de toutes sortes d’activités.

Faut-il comprendre que les confiseurs, au moment où la horde sauvage des consommateurs ne demande qu’à se goinfrer de sucreries, n’aspirent qu’à la glandouille, rêvent à l’oisiveté la plus éhontée ?

Sous Sarkozy, en plus ?

Bien sûr que non. Pendant la trêve des confiseurs, ce sont les autres qui s’arrêtent ! Il s’arrêtent pour avoir le temps de se précipiter, justement, chez les confiseurs, qui, du coup, bossent comme des bêtes, vendent chocolats et marrons glacés par brouettes entières, s’en mettent plein les fouilles pour trois mois.

C’est ça, la winner-attitude.

Cette extraordinaire semaine commerciale n’est certes pas prévue par les Évangiles, peu soucieuses, d’ailleurs, des questions économiques. L’Église n’a pas le sens des réalités communes !

La seule trêve qu’elle ait jamais soutenue est la Trêve de Dieu, promulguée au XIe siècle pour tenir la dragée haute à la noblesse féodale en lui interdisant toute baston entre le mercredi soir et le lundi matin. Sans grand succès. Forcément, demander à un seigneur de ne pas guerroyer, c’est un peu comme si l’on demandait à un cycliste de ne pas pédaler. Et puis quelle idée saugrenue de vouloir imposer une semaine de trois jours ! Les trente-cinq heures, à côté, c’est l’esclavagisme, le rêve érotique du MEDEF.

La trêve des confiseurs serait apparue en 1874.

La France peine alors à se relever de la guerre de 1870 et de la Commune de 1871. La IIIe République naissante voit républicains, bonapartistes, monarchistes et révolutionnaires s’étriper comme des chiffonniers. Ces troubles politiques sont tels que le commerce, eh bien y va pas bien du tout, ma bonne dame. Le Parlement décide soudain d’interrompre toute querelle politique pendant les fêtes de fin d’années, histoire de ne plus casser les bonbons des honnêtes travailleurs. Le duc de Broglie raconte dans ses mémoires :

« On convint de laisser écouler le mois de décembre, pour ne pas troubler par nos débats la reprise d'affaires commerciales qui, à Paris et dans les grandes villes, précède toujours le jour de l'an. (…) On rit un peu de cet armistice, les mauvais plaisants l'appelèrent la trêve des confiseurs. »


Les consoles Nintendo étant peu prisées à cette époque, ce sont en effet les marchands de confiseries qui profitent le plus de cette mesure.

Le plus beau de l’histoire, c’est que dans un contexte économique réellement difficile, cette trêve des confiseurs, mesure d’apparence bien dérisoire, semble avoir eu un réel impact économique, à Paris comme en province. Peace and business make tip top power d'achat.

Avec cette relance de l’économie par la consommation, la IIIe République aurait expérimenté le keynésianisme comme monsieur Jourdain la prose, c'est-à-dire sans le savoir… près de soixante ans avant que l’idée soit formulée par l’économiste anglais.

Amusant, non ?

05.07.2007

Sombre dimanche (4/4)

Épisodes précédents : 1/42/43/4


medium_Billie.jpg En 1941, Billie Holiday est au faîte de sa gloire. En 1939, son enregistrement de Strange Fruit, dénonçant le lynchage des noirs, a déchaîné la controverse et a remporté un immense succès. Dans le sillon de ce premier engagement, la diva se frotte à la chanson du désespoir.

Normal.

Billie Holiday, sa voix et sa vie cassées, et « the suicide song » étaient faites pour se rencontrer.

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Billie Holiday, Gloomy Sunday, 1941.



Seulement voilà : la production impose à Billie un troisième couplet politiquement correct, destiné à modérer le texte original par une mise en abîme et l’expression d’un espoir, d’une résurrection.


Dreaming, I was only dreaming
I wake and I find you asleep
In the deep of my heart here
Darling I hope
That my dream never haunted you
My heart is telling you
How much I wanted you
Gloomy Sunday…

Un rêve, ce n’était qu’un rêve
Je me réveille, tu es à mes côtés
Et dans le plus profond de mon cœur
Mon amour, puisse ce mauvais rêve
Ne jamais te hanter
Mon cœur te dit
Combien je t’aime
Sombre dimanche…



Ce couplet trahit l’esprit de la chanson originale par un révisionnisme artistiquement douteux.

Un révisionnisme certes moins douteux que celui qui, de nos jours, consiste à légiférer sur les seuls bienfaits de la colonisation, ou à revêtir l’histoire de France de probité candide et de lin blanc, ou encore à caricaturer et diaboliser les mouvements sociaux et libertaires de la fin des années 1960.

Mais quand même…

L’interprétation de Billie Holiday, sublime – normal, c’est Billie Holiday – fait de Gloomy Sunday un standard qui sera repris par Mel Tormé, Sarah Vaughan, Ketty Lester, Carmen McRae, Genesis, Lydia Lunch, Elvis Costello, The Associates, Marc Almond, Christian Death, Abbey Lincoln, Marianne Faithfull, Serge Gainsbourg, Carol Kidd, Diamanda Galas, Sinead O' Connor, Loreena McKennitt, Gitane Demone, Sarah McLachlan, Danny Michel, Björk, Heather Nova, The Smithereens, Sarah Brightman, Iva Bittova, MC Sniper, Eminemmylou, Venetian Snares, and so many more…

À noter une reprise récente de la version française par Claire Diterzi, en 2006.

L’histoire de cette chanson a aussi fait l’objet de deux adaptations cinématographiques : Sombre dimanche (France, 1948, Jacqueline Audry) et Ein Lied von Liebe und Tod (Allemagne, 1999, Rolf Schübel, d'après le roman de Nick Barkow).

medium_Georgius.jpg Pour finir sur une note plus rigolote, il faut enfin évoquer Triste lundi, la délicieuse parodie que Georgius, « l’amuseur public numéro 1 » de la France de la Belle Époque, fit de Sombre dimanche en 1936, l’année même de l'immigration en France de la chanson hongroise du suicide !



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Gorgius, Triste lundi, 1936.



Extraits choisis.


Connaissez-vous "Sombre dimanche", la chanson interdite à Budapest, la chanson qui tue les gens ?
Non, mais voici "Triste lundi", la chanson interdite à Buzenval... la chanson qui tue les mites !


Hier nous avons fait ripaille,
Ce fut un dimanche joyeux.
Oui, mais l’envers de la médaille
Va se faire sentir encore mieux.

Aujourd’hui lundi v’là qui flotte
Et je n’ai pas pris mon pépin.
Sous la rafale il faut qu’ je trotte
Pour être à l’heure à mon turbin.


Voici le bureau où j’écris,
Je vais r’mettre ça jusqu’à samedi
De neuf heures à six heures et demi.
Triste lundi !

Samedi j’avais touché ma paie,
Mon tailleur l’a su dans le quartier.
Il a dit que j’avais d’ l’oseille
À tous les autres créanciers.


J’leur dois 3000 balles, c’est un prix !
Si je n’ paie pas, je suis saisi,
C’est la fin des haricots gris.
Triste lundi !



Ah oui, un dernier détail !

Rezsö Seress se suicide, en France, en 1968.

Quand on vous dit qu'en France, tout devient possible…

28.06.2007

Sombre dimanche (3/4)

Épisodes précédents : 1/42/4


Radio Budapest censure, mais la mélodie du suicide émigre.

medium_Damia.jpeg En France, Jean Marèze et François-Eugène Gonda écrivent une adaptation intitulée Sombre dimanche, qui est enregistrée le 28 février 1936 par Damia, la grande tragédienne de la chanson réaliste.


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Sombre dimanche…
Les bras tout chargés de fleurs
Je suis entré dans notre chambre le cœur las
Car je savais déjà que tu ne viendrais pas
Et j'ai chanté des mots d'amour et de douleur
Je suis resté tout seul et j'ai pleuré tout bas
En écoutant hurler la plainte des frimas.
Sombre dimanche...


Je mourrai un dimanche où j'aurai trop souffert
Alors tu reviendras, mais je serai parti
Des cierges brûleront comme un ardent espoir
Et pour toi, sans effort, mes yeux seront ouverts
N'aie pas peur, mon amour, s'ils ne peuvent te voir
Ils te diront que je t'aimais plus que ma vie.
Sombre dimanche...

N'aie pas peur de mes yeux s'ils ne peuvent te voir
Ils te diront que je t'aimais plus que ma vie.
Sombre dimanche…



Le texte est également traduit et interprété en anglais, en allemand, en espagnol, etc.

[La version argentine enregistrée par Agustín Magaldi en 1936 vaut le détour...
Attention, dépressifs s'abstenir !]


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Et la série noire continue. À Berlin, un jeune homme écoute un orchestre jouer Sombre dimanche, puis rentre chez lui et se plaint à ses proches de cette mélodie sinistre et obsédante. Il sombre dans la dépression et se tire une balle dans la tête.

Une semaine plus tard, dans la même ville, une vendeuse se pend chez elle. La police trouve à ses pieds une copie de Sombre dimanche.

À Rome, un adolescent passe à vélo à côté d’un mendiant qui fredonne Sombre dimanche. Il s’arrête, pose sa bicyclette contre un mur, donne au mendiant l’argent qu’il a sur lui et se noie dans le Tibre en sautant du pont le plus proche…

En France, Jean Marèze – l’un des traducteurs de Szomorú vasárnap en français – se suicide en 1942.

Mais c’est la version américaine, Gloomy Sunday, qui va assurer la fortune de Szomorú vasárnap.

Ou plutôt les versions américaines.

La première, écrite par Sam M. Lewis, colle à l’original.


Sunday is gloomy / My hours are slumberless / Dearest the shadows / I live with are numberless / Little white flowers / Will never awaken you / Not where the black coach / Of sorrow has taken you / Angels have no thoughts / Of ever returning you / Would they be angry / If I thought of joining you ? / Gloomy Sunday...

Gloomy is Sunday / With shadows I spend it all / My heart and I / Have decided to end it all / Soon there'll be candles / And prayers that are said I know / Let them not weep / Let them know that I'm glad to go / Death is no dream / For in death I'm caressing you / With the last breath of my soul / I'll be blessing you / Gloomy Sunday...



La deuxième naît en 1941.

À suivre

26.06.2007

Le mois de Junon

Liquidé, mai 2007 : nous voici maintenant dans le beau mois de juin. Profitons-en, il n’y en a plus pour longtemps.

Le mois de juin est le sixième mois de l’année civile et chrétienne telle que nous la connaissons depuis Jules César. Pour info, nous en sommes à la 2007e année après J.-C., qui est aussi la troisième année AUC (ab UMP condita) et la première de l’ère Sarkozy.

Juin vient du latin junius.

Pourquoi ?

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Musique d’ambiance : Marin Marais, Alcione, 3e suite, Prélude pour les prêtresses de Junon, 1706.


Trois hypothèses circulent dans les milieux autorisés.

1) Ce serait le mois consacré à Junius Brutus, Premier consul de Rome. Facile. Un peu court. Passons.

2) D’aucuns prétendent que « juin » ne vient pas de Junius mais de Juniores, « les jeunes ». Sans doute parce que le beau temps et les premières chaleurs poussent les jeunes à sortir dehors pour buller aux terrasses des cafés et courir les filles des villes ou des champs, selon que lesdits jeunes habitent en milieu urbain ou bien à la campagne. La vieillesse est un naufrage qui lénifie les ardeurs amoureuses.

3) D’autres, enfin, et il semble bien qu’ils aient raison, attribuent le mois de juin à la célèbre déesse Junon.

acc5dd523e1be55839ed6e341c7b9651.jpg Reine des dieux et du ciel, Junon est une déesse particulièrement importante et très prestigieuse.

Plus encore que Cécilia Sarkozy, c’est dire.

Déesse du mariage et de la fécondité, elle s’est mariée avec Jupiter qui, pour être le dieu des dieux, n’en était pas moins un galant galopin qui troussait à peu près tout ce que le mont Olympe comptait de junon jupons. Cérès, Dioné, Maïa, Latone, Eurynomé, Danaé, Sémélé, Alcmène, Léda, Io… Toutes ont connu les avances triviales du Grand Jovial…

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Jacques Higelin : Queue de paon, 2006, extrait.


Si vous croisez Junon, vous la reconnaîtrez aisément : elle se promène presque toujours portant dans la main gauche une grenade – pour se venger des incartades de son mari – et dans la main droite un sceptre, au haut duquel perche un coucou – le célèbre volatile qui, tel Jupiter, squatte la couche des autres.

Aussi, quand Jupiter rentrait à deux heures du mat’ à la maison et saluait sa femme, mine de rien…

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Michel Polnareff, Coucou me revoilou, 1978, extrait.


… Junon manquait rarement, armée de son coucou à pâtisserie bien à elle, de lui signifier son vif mécontentement, assorti de menaces métamorphiques.

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Anne Sylvestre, Coucou coucou, 2005, extraits mixés avec une sonnerie de coucou (Radio France, Sonothèque)


On la voit aussi souvent accompagnée d’un paon, symbole de virilité chez Jupiter, comme nous l’avons vu, mais, chez Junon, de jalousie, de suspicion, d’orgueil et de vanité. Junon est bien la déesse des femmes. Malheureuse en amour, peut-être, mais aussi sévère matrone qui ne devait pas être commode tous les jours ! avec, faut-il le rappeler, une grenade dans la main gauche.

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Radio France, Sonothèque, Grenade offensive, extrait.


Mais… revenons à nous coucous, paons et autres oiseaux de nos contrées à la douceur plus angevine que les foudres olympiennes…

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Musique d’ambiance : Louis-Claude Daquin, Le coucou, 1735.


Le coucou est un oiseau très discret.

c9e0a82240711cbfaa83990998f1b25e.jpg Tapi au fond des bois, il est néanmoins sociable avec ses congénères, notamment du sexe féminin, qu’il appelle le mois de mai durant. L’appel du coucou nous est familier et agréable, puisqu’il annonce le printemps :

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Radio France, Sonothèque, Coucou, extrait.


a68cb38a2bd4a27480f23a8aca1fc922.jpg Le paon se trouve plus facilement dans les zoos et les jardins. Son appel est des plus disgracieux et a lieu toute l’année. Le paon est une chaudasse.



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Maurice Ravel, Histoires naturelles, Le paon, 1906, texte de Jules Renard, extrait.


Le mois de juin est caractérisé par l’appel d’une autre espèce, appelée « général de Gaulle ».

L’appel du général de Gaulle retentit traditionnellement le 18 du mois, de préférence sur les ondes de la BBC :

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Charles de Gaulle / Radio Londres, Appel à la résistance, juin 1940, extraits mixés avec des sons de Radio Londres et un bref extrait des Scissor Sisters (Filthy Gorgeous, 2004)


7a0474cf2f1e6c8114684148a791679b.jpg Le but de cet appel n’est pas, malgré les apparences, de trouver un partenaire sexuel, mais de provoquer le jour le plus long, qui, ça tombe bien, intervient le 21 juin, jour du solstice d’été.

Pour fêter cet événement, les blousons noirs de France et de Navarre sortent leurs guitares électriques, assourdissent les braves gens de sons discordants extrêmement désagréables et s’enivrent de bière bon marché, sous le perfide prétexte que c’est la fête de la musique, avec…

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Laurent Gerra / RTL, Le grand junon juron du 21 juin, 2007, extrait.


696e53b5d6b0645204c63986acaa81b0.jpg Le gentilhomme, lui, file à Saint-Tropez pour échapper au vacarme et siroter tranquillement une grenadine sur le port en matant les filles.





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Conclusion : Brigitte Bardot, Do you Saint-Tropez, 1968.

23.06.2007

Sombre dimanche (2/4)

Épisode précédent : 1/4

Enfin ! c’est le succès et Rezsö Seress voit son mérite pleinement récompensé. Rezsö entreprend de relancer Dorottya, qui, entre-temps, s’est cassée à New York : apprenant sa réussite, elle va revenir, c’est sûr !

Il lui écrit (« J’ai changé ! ») et la réconciliation s’annonce favorable. Puis il lui envoie sa chanson. D’une pierre deux coups. Non seulement il lui prouve qu’il a un bon programme, mais en plus, il lui fait bien sentir combien elle l’a fait souffrir, ce qui n’est pas gentil et mérite bien quelque repentance.

Cette repentance prend la forme d’une haine de soi et va au-delà de ses attentes.

Rezsö apprend en effet  par la police que sa bien-aimée s’est donné la mort en avalant une forte dose de poison. À côté d’elle est retrouvée la partition de Szomorú vasárnap.

medium_Budapest.jpgQuelques jours plus tard, un cordonnier de Budapest, Joseph Keller, est retrouvé mort dans sa boutique. La police conclut à un suicide et remarque un détail curieux : juste avant de commettre le péché mortel, Keller a recopié sur une feuille de papier les paroles de Szomorú vasárnap, qu’il venait sans doute d’entendre à la radio.

Toujours à Budapest, un homme élégant entre dans un cabaret et demande à l’orchestre de jouer le nouveau tube à la mode. Les musiciens s’exécutent, puis l’homme sort et s’exécute lui aussi, d’une balle dans la tête. Ailleurs, deux jeunes hommes écoutent un orchestre jouer Szomorú vasárnap. Après quoi ils sortent deux flingues et s’envoient illico au club Saint-Pierre.

En tout, plus de quinze personnes se donnent la mort avec la chanson de Seress.

Certains se jettent dans le Danube en serrant dans leur main les paroles de la chanson ; d’autres sont retrouvés chez eux, gisant sans vie à côté de leur radio ou de leur gramophone. Des pianistes se tuent après avoir posé la partition maudite sur leur pupitre. Beaucoup mentionnent Szomorú vasárnap dans leur dernière lettre.

Hongrois rêver, mais c’est plutôt d’un cauchemar qu’il s’agit. D’ailleurs, hongrie au scandale et la radio de Budapest ne tarde pas à bannir des ondes la mélodie que tous appellent désormais "la chanson qui tue les gens".
La censure est radicale, franche et décomplexée.

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Alors… cette chanson est-elle maudite ? incite-t-elle ceux qui l’écoutent à se donner la mort ?

C’est un peu plus compliqué que cela. En effet, il faut tenir compte de la place du suicide dans l’identité hongroise, parfaite illustration de la théorie des climats de Montesquieu – qui est aussi à l’origine de la théorie de la séparation des pouvoirs mais ça, c’est une autre histoire, archaïque et dépassée…
Même l’OMS le dit : les Hongrois sont caractérisés par leur pessimisme, leur déprime, leur glauque attitude ; le suicide est, pour eux, un véritable sport national.

Explication.

Dans l’inconscient collectif hongrois, le suicide est, paraît-il, perçu comme une solution positive et respectable au problème de l’existence. Il est même considéré comme un acte courageux, audacieux, voire héroïque. Une manière de restaurer sa dignité quand on estime l’avoir perdue.
L’exemple vient de très haut : nombre d’hommes politiques, de comédiens et d’écrivains finissent leur carrière ainsi. Faut dire que ça a plus de gueule que de faire de la pub pour Polident ou Norwich Union…

medium_Danube.JPGCôté technique, on connaît, bien sûr, la défenestration, grande spécialité des pays de l’Est ; mais l’ingestion de pesticides, la pendaison, le plongeon ultime dans les eaux glacées du beau Danube bleu se défendent plutôt bien. Toutes les méthodes sont bonnes pour liquider le malaise.

Alors, dans ces années 1930 qui, avec la crise, ne sont pas parmi les plus florissantes du XXe siècle, quatre mille cinq cents Hongrois s’évaporent, bon an mal an, surtout dans les villages – certaines bourgades du Sud sont surnommées « les villages du suicides ».

Alors, le suicide, une tare génétique ? ou un « nouveau rêve » hongrois ?

Que nenni ! une pratique culturelle, puisqu’il suffit d’un catalyseur comme Szomorú vasárnap pour s’y livrer, à corps perdu ; une pratique culturelle, donc, ancrée dans l’identité nationale hongroise.

À suivre…

18.06.2007

Sombre dimanche (1/4)

Connaissez-vous Sombre dimanche, la chanson interdite à Budapest, la chanson qui tue les gens ?

podcast

À Budapest, en ce début de l’an 1933, le fond de l’air est frais.

medium_SDRezsoSeress.jpg Mais Rezsö Seress, 34 ans, a d’autres soucis. C’est un artiste et son vœu le plus cher est de devenir chansonnier. Il pianote, il écrit, mais personne ne veut de ses créations et c’est la dèche. Côté cœur, c’est pas la joie non plus. Dorottya, sa caille (rhâââ...), au lieu d’encourager amoureusement sa fibre artistique, le tourmente jour et nuit pour qu’il prenne un vrai boulot, qu’il travaille plus pour gagner plus, qu’il finance la tourniquette à vinaigrette, le pistolet à gaufres, l’armoire à cuillères… bref, tous les ustensiles qui transforment un piètre logis en foyer du bonheur.
 
Rezsö n’est pas d’accord avec Dorottya. Dorottya n’est pas d’accord avec Rezsö. Tous les ingrédients d’une bonne dispute sont réunis et, justement, par un dimanche hongrois et merdique à souhait, les deux tourtereaux se volent dans les plumes et se séparent en se traitant de « connards ».


Morose comme une baisse du CAC 40, Rezsö se rend au restaurant Kispipa – où il a ses habitudes - et s’assied au piano. Machinalement, ses mains commencent à improviser une mélodie mélancolique, à la mesure de cette putain de dépression qui le grignote lentement mais sûrement.

medium_SDKispipa.jpg « Quel sombre dimanche… », se dit-il. Englué dans cette sordide mais fertile inspiration, il rentre chez lui, griffonne la mélodie qu’il vient de jouer au dos d’une vieille carte postale et va la porter à son ami Jávor László qui, en moins de temps qu’il n’en faut pour clouer un cercueil, lui pond de jolies paroles.

Szomorú vasárnap / Száz fehér virággal / Vártalak kedvesem / Templomi imával. / Álmokat kergetõ / Vasárnap délelõtt, / Bánatom hintaja / Nélküled visszajött. / Azóta szomorú / Mindig a vasárnap, / Könny csak az italom, / Kenyerem a bánat. / Szomorú vasárnap…

Utolsó vasárnap / Kedvesem gyere el, / Pap is lesz, koporsó, / Ravatal, gyászlepel. / Akkor is virág vár, / Virág és - koporsó. / Virágos fák alatt / Utam az utolsó. / Nyitva lesz szemem, hogy / Még egyszer lássalak. / Ne féj a szememtõl, / Holtan is áldalak... / Utolsó vasárnap…



Ce qui signifie à peu près ceci.

C’est l’automne, les feuilles tombent. Il n’y a plus d’amour sur terre, le vent hurle et verse de tristes larmes, mon cœur n’attendra plus le printemps. Mes larmes, mes chagrins sont vains, les gens sont sans cœur, aigris et cruels.
L’amour est mort.


Le monde court à sa perte, l’espoir n’a plus de sens. Les villes disparaissent sous la musique des canons, les prairies sont rouges du sang des hommes, les rues se couvrent de cadavres, c’est l’heure de ma dernière prière. Les hommes, Seigneur, sont des pécheurs et font tant d’erreurs.
Le monde est mort…



Tout fier de lui, Rezsö adresse sa chanson à une maison d’édition. Cette fois-ci, c’est sûr, on va le publier !

Quelques jours plus tard…

La partition lui est retournée, accompagnée de cet aimable billet.

Cher Monsieur – Nous avons bien reçu votre chanson Szomorú vasárnap et l’avons étudiée avec intérêt – Vous nous dites qu’elle est triste ; nous dirions plutôt qu’elle sue la détresse – Faut être encarté UMP pour aimer ça – Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.

Mais quels cons ! Ces gens-là n’ont-ils donc aucun goût ?

Rezsö, pugnace et tenace, fait jouer la concurrence – il y a toujours un fond d'ultra-libéralisme chez les Hongrois – et trouve un éditeur qui accepte de le publier.

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Une semaine plus tard, Szomorú vasárnap fait un tabac sur les ondes de Budapest.

 

À suivre…