02.05.2008
La plus belle conquête de l'homme
C’est là un lieu désormais commun qu’il convient de nuancer. On ne voit plus de chevaux sur le pavé parisien ni dans les plaines de Sologne.
Pourquoi l’homme, après avoir consacré tant de siècles, de patience et d’avoine à dompter cet étrange animal (ce zèbre sans rayure, ce chameau sans bosse, ce centaure sans cravate, cet hippocampe sans nageoire, cette licorne sans corne, cet hippopotame sans groin, bref, ce grand dada

Force est de constater qu’on ne trouve plus guère de chevaux, aujourd’hui, que sur les gazons disneyiens de Longchamp ou d’Auteuil, les écuries de la reine Elizabeth II et quelques vieux westerns qui passent encore au cinéma. Encore sont-ils concurrencés jusque dans ces retranchements par le ticket de Tac O Tac, le prince William et d’authentiques comiques troupiers prêts à tout – y compris à l’humour pas drôle – pour payer leur troisième tiers provisionnel.
Le cheval, nonobstant sa crasse méconnaissance de l’œuvre de Pline l’Ancien, ne méritait peut-être pas si rude traitement.
L’homme est ingrat, et pas seulement du bide.
Mais il est aussi pragmatique, et s’il a abandonné le cheval, c’est peut-être bien parce là n’était plus sa plus belle conquête, après tout. Ça hennit et ne sait même pas se tenir dans un salon. Pire, ça fait caca sur les grands boulevards.
Fini, le dada.
De là une question brûlante : quelle est donc la nouvelle plus belle conquête de l’homme ?
D’aucuns prétendent, non sans quelque flagornerie destinée à flatter le beau sexe, que ce serait la femme.
Voilà en effet une belle créature, qui peut être des plus agréables, une fois domptée. La chose n’est néanmoins pas facile et requiert tact, patience, beaucoup de mansuétude et peu de rancune.
Car il y a une profonde injustice à devoir conquérir un être qui, en toute logique, nous appartient déjà.
La femme a-t-elle jamais réalisé que sans l’homme, elle n’existerait pas ? Qui c’est qui s’est fendu d’une côte – et une belle, encore, une côte première toute neuve ! – pour que Dieu puisse la façonner ? C’est Adam… ou l’homme. Sans côte d’Adam, pas d’Ève. Sans homme, pas de femme.

Michel-Ange, La création d'Ève, 1508-12, fresque, chapelle Sixtine, Cité du Vatican.
Femme, tu n’es qu’ingratitude !
Toi qui ne fus conçue que pour épauler ton compagnon dans la divine mission que lui assigna le Créateur, à savoir perpétuer l’espèce, toi qui lui dois tout…
Frustrée de cet état de fait, tu te venges bêtement, bassement, tu n’accordes aucune faveur sans l’avance d’un bouquet de fleurs, d’une soirée au firmament des étoiles du guide Michelin, d’une rivière de diamants, d’une pluie de carats ou, soyons modernes, d’un pied-à-terre sur la Côte (d’Azur, cette fois) ou d’une assurance vie.

Le meilleur ami de la femme : le diamant.
Tu as pris la côte d’Adam et maintenant tu nous prends la tête ? Tu es la chair de notre chair et il faudrait maintenant te courir après, comme le monde à sa perte ? On en a battues pour moins que ça. Mal baisée, va.
La femme n’est pas la meilleure conquête de l’homme. Tout au plus en est-elle la plus belle coquette, ou la meilleure ennemie.
Quelle est donc la nouvelle plus belle conquête de l’homme ?
Vanitas vanitatum, et omnia vanitas !
Il convient de rester simple, humble, et de se laisser porter à la Révélation.
Retournons aux fondamentaux, ouvrons nos mirettes avides de la sagesse des Anciens et rappelons-nous ces quelques passages de la Genèse.
« Dieu façonna l’homme, poussière tirée du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant ».
(Dixit le narrateur in Genèse, article 2, alinéa 7)
« Sur ton ventre tu marcheras, et poussière tu mangeras tous les jours de ta vie ».
(Dixit Dieu le Père PC - Pas Content – au serpent qui a converti Ève à Apple ; in Genèse, article 3, alinéa 14)
« Car poussière tu es et à la poussière tu retourneras ».
(Dixit Dieu à Adam, in Genèse, article 3, alinéa 19)

On le voit bien : la poussière hante nos vies.
Elle se dépose sans répit ni pitié jusque dans les moindres recoins de nos pauvres consciences et, quoi que l’on fasse, quoi que l’on dise, quoi que l’on pense et quoi que l’on mange (même cinq fruits et légumes par jour), elle finira par ensevelir nos misérables ambitions et notre indécrottable vacuité sous un tombereau de moutons tassés par d’affreux acariens en attendant l’escadron des asticots.

Man Ray, Élevage de poussière, 1920, Fonds régional d'art contemporain de Bourgogne, Dijon.
De là l’évidence…
La plus belle conquête de l’homme, c’est l’aspirateur.
15:45 Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Chronique, Humour, Animaux, Femme, Dieu, Genèse, Suicide
11.01.2008
D’la galette
Pour comprendre pleinement ce qu’est l’épiphanie, il nous faut remonter le temps beaucoup plus loin. Rappelez-vous : c’était il y a 2000 ans et quelques poussières, à Bethléem, où naquit celui que les prophètes appelaient de leurs vœux et que sa mère appela plus simplement Jésus.La maman – qui s’appelait Marie mais ne se couchait pas là – et le papa – qui s’appelait Joseph et qui était bien charpenté – envoyèrent des faire-part à tout le gratin des contrées avoisinantes.
Oncques ne vit publipostage plus ambitieux, sauf peut-être celui de Rachida Dati du temps où elle écrivait au Tout-Paris pour dégoter un Pygmalion à même de lui offrir un parquet approprié à sa longue dentition ; force est de reconnaître qu’elle sut trouver le bon, puisque grâce à celui qui en fit sa Galatée, elle raye désormais de nombreux parquets… de la carte judiciaire.Gaspard, roi des Perses, Melchior, roi des Arabes et Balthazar, roi de l'Inde – que du beau linge ! –, reçurent la nouvelle avec faveur et entreprirent de rendre une visite de courtoisie au petit Jésus.
Seulement voilà : le chemin était fort long, entravé par mille dunes sableuses, semé d’embûches par Hérode et totalement dépourvu de panneaux signalétiques. Nonobstant, l’événement semblant de la plus haute importance, cela valait bien la peine de se bouger le popotin…
Las, point de carte routière, point de Mappy, point de GPS pour s’orienter.
Gaspard, roi des Perses mais aussi chaud lapin, venait tout juste d’épouser en troisième noces la princesse Sheïlah, elle-même fraîchement divorcée de Ringo, doge à Venise. Follement amoureuse de son roi de mari, celle-ci avait toujours peur de l’égarer dans quelque royale surprise partie. Aussi, épatée par l’astuce d’Ariane (elle venait de lire L’Odyssée), elle alla quérir, au cœur de la Galilée voisine, un berger qui tondit ses moutons et fit de leur laine un long fil mince et souple.
Revenue au palais, Sheïlah accrocha aussitôt l’extrémité du fil au paletot de son Gaspard et put ainsi, à tout moment, retrouver icelui où qu’il se trouvât. Icelui, cependant, avait la bougeotte et ne cessait d’aller et venir en tous sens : le fil du berger ne tarda pas à s’emberlificoter, à se mêler, à se tisser lui-même.De fil, il devint toile. De là à conclure que les toiles du berger, y’a pas mieux pour s’orienter, il n'y a qu'un pas douteux et lamentable à franchir. Voilà qui est fait.
Avec pour seule consolation que cela reste moins désolant que l’illustration sonore suivante…
Bref… revenons à nos moutons, désormais nus comme des vers.L’orientation étant réglée, comment les rois allaient-ils se déplacer ?
À pied ? « Il n’y faut pas même penser ! » dit Melchior, qui n’aimait guère la marche.
Aussi prirent-ils leurs plus beaux équipages – tant qu’à marcher, autant que ce soient des animaux qui le fassent – et se mirent en route de bon matin dessus le grand chemin.

D’aucuns prétendent qu’oncques ne vit caravane plus fastueuse, aux confins du bling bling.

D’autres témoins rapportent une vision plus simple voire plus champêtre de cette équipée.
Quoi qu’il en soit et clopin-clopant, Gaspard, Melchior et Balthazar arrivent enfin à Bethléem, le 6 janvier. C’est alors indéniable, net et officiel que…
Humblement, ils pénètrent dans la grotte enchantée et découvrent un spectacle des plus merveilleux…
Sous une voûte de pierre et sur un lit de paille, la scène rassemble un âne, un mouton et un bœuf, affichant tous trois une sérénité à nulle autre pareille… Le père, Joseph, feuillette nonchalamment l’almanach Vermot, au coin du feu qui crépite dans la cheminée. La mère, près de la fenêtre percée à même la roche, tricote un bas de laine tout en surveillant d’un œil tendre son petit.
Au milieu et sous une flopée d’angelots joufflus soufflant dans de célestes trompinettes et lançant de joyeux cotillons, mollement alangui sur une couche tressée de foin et de vieilles hardes, voici, voici…« Mais qui sont ces inconnus qui débarquent, là, sans même prévenir ? Et vêtus comme des guignols, encore ! C’est louche… Qui sont ces envahisseurs, que viennent-ils faire chez nous ? ».
Joseph, lui, se tourne vers le premier d’entre eux, pour lui demander…

Les trois acolytes, sur le ton le plus aimable qui soit, se présentent et entreprennent de rassurer Joseph, visiblement apeuré - craint-il d’avoir en face de lui des émissaires de l’arche de Zoé ?
Un tel langage, si raffiné, si châtié, n’est pas sans laisser Joseph quelque peu perplexe. À dire la vérité, le pauvre bougre n’y comprend rien. Il se tourne vers Marie et lui demande…
Marie, elle, comprend que de ces trois lascars, il peut y avoir quelque profit à tirer. « Laisse-moi faire ! », murmure-t-elle à Joseph. Elle le prie de mettre un peu de musique pour détendre l’atmosphère et de la regarder en action…
« Oui, bon, d’accord, soit, bienvenue chez nous !, leur dit-elle, mais bon, vous avez pensé à apporter des cadeaux, au moins ?

L’encens, pour parfumer la maison du Tout-Puissant.Excellente idée ! se dit Marie : avec l’âne et le bœuf, ça commence à sentir le fauve, ici…
Certes, c’est pas grand-chose, mais…
L’or, pour l’autorité royale.L’autorité, fort bien, mais… l’or…
L’or ! C’est un coup de pouce bienvenu pour le pouvoir d’achat du ménage, qui va pouvoir dépenser plus pour élever le petit et aussi mettre du beurre dans les épinards. On le dit peu, mais il faut savoir que la Madonne était une fille plutôt matérialiste, comme elle l’a dit elle-même, d’ailleurs…
La myrrhe, la plus précieuse des herbes de l’Orient, et la plus amère…Oui, bon, alors là, est-ce qu’ils ne sont pas en train de se moquer du monde ? se dit Marie… De l’herbe ? Mais c’est qu’ils prendraient le divin Jésus pour une racaille, ces hurluberlus ! Et amère, en plus ? Même en tisane, rien à faire… Marie se tait mais n’en jette pas moins un regard mauvais. « Que ces rois soient maudits ! » pense-t-elle en son for intérieur…
Joseph tente de rattraper le coup et propose aux rois de rester pour le dîner. « Vous mangerez bien un petit quelque chose avant de dormir ? Vous accepterez bien notre hospitalité pour la nuit, avant de repartir ? ».
Certes, le garde-manger n’est guère fourni, et Joseph doit préciser à ses hôtes que…
Ainsi se restaure la petite compagnie, à la fortune du pot, avant de finir la soirée par quelques chansons et propos allègres augurant une nuit bonne, paisible et joyeuse.On le voit bien : sous le signe de la convivialité, personnifiée par Joseph, et sous celui de l’avidité, incarnée par Marie, rien d’étonnant à ce que de nos jours encore, on se rassemble dans la bonne humeur pour se partager de la galette et se distribuer ainsi un symbole de richesse à nul autre pareil.

De la galette ? Oui, de la galette, du blé ou de l’avoine, du beurre, d’la fraîche, du flouze, d’la maille, d’l’artiche…
D’l’oseille, quoi.
Moralité : si votre roi mage vous apporte un tel héritage, pouvez tirer sans risque dans le dos de ces rois.

---------------------------------------------------------------
Pastilles sonores :
Franco Zeffirelli, Jésus de Nazareth, 1977
Sheila, Les rois mages, 1971
Gilbert Bécaud, Il faut marcher, 1965
Tino Rossi, La marche des rois, 1972
Patrice et Mario, José le caravanier, 1952
Yvette Guilbert, Le voyage à Bethléem, 1933
Bernard Herrmann, musique de Voyage au centre de la terre (La grotte), 1959
Berthe Sylva, Arrêter les aiguilles, 1925
Dominic Frontiere, musique de Les envahisseurs, 1967-1968
Mathieu Boogaerts, Comment tu t'appelles ?, 1998
Philippe Katerine, Qu’est-ce qu’il a dit ?, 2005
Lucienne Delyle, Mets deux tunes dans l'bastringue, 1954
Marie Dubas, C'est toujours ça de pris, 1935
Madonna, Material Girl, 1985
Georges Delerue, musique de Les rois maudits, 1972
Jacques Dutronc, L'âne est au four et le bœuf est cuit, 1971
Luis Mariano et Annie Cordy, Visa pour l'amour, 1961
Fernandel et Arletty dans Fric-Frac, 1939
Illustrations :
(1) Anonyme, Adoration des Mages (Chapiteau de la cathédrale d’Autun).
(2) Y'a plus de numéro 2 :p
(3) Léopold Kupelwieser, Le voyage des trois rois, 1825 (Österreichische Galerie Belvedere, Vienne).
(4) La tonte des moutons, Calendrier national des bergers, 1497 (BNF, Paris).
(5) Benozzo Gozzoli, Procession du mage Balthazar, 1459-1461 (Chapelle du palais Médicis, Florence).
(6) Anonyme, Les rois mages, XIIe siècle (Cathédrale de Chartres).
(7) Rosso Fiorentino, Ange musicien, 1520 (Galerie des Offices, Florence).
(8) Giotto, Adoration des mages, 1303 ca. (Chapelle des Scrovegni, Padoue).
(9) Andrea Mantegna, L’adoration des mages, 1500 ca. (The J. Paul Getty Museum, Los Angeles).
22:10 Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, Parodie, Musique, Chanson, Art
07.12.2007
Tout va bien entre Sarkozy et Fillon
Visionnée près de deux millions de fois, urbi et orbi, elle ravit les âmes tendres et avides de ces gadgets si mignons que sont les chats. On en a proposé une traduction anglophone.
Mais pour nous, Français, qui peuvent-ils être, ces deux petits félins qui papotent au coin du drap ?
La réponse en version française, donc.
Elle confirme ce que nos Tic et Tac nationaux se tuent à nous expliquer depuis des mois : non, il ne faut pas écouter les vilaines rumeurs sur les rapports douloureux entre Nicolas Sarkozy et son Premier
Tout va bien. Très bien, même…
15:45 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Animaux, Politique, Sarkozy, Fillon, Gouvernement, Humour, Internet
29.11.2007
La violence Sarkozy
En répondant à la provocation douteuse sur le même ton et par le tutoiement, il se met à la hauteur de son insulteur et dégrade la valeur de sa fonction.
Il ne réagit plus comme président de la République. Il réagit en vulgum pecus, en individu qui répond à la violence par la violence. Oeil pour oeil, dent pour dent.
Un président de la République est le premier représentant de ses concitoyens.
Tout représentant doit avoir des qualités particulières qui justifient son rôle éminent. L’une de ces qualités essentielles, c’est la tenue.
La dignité présidentielle ne devrait pas souffrir des carences de l’homme qui « habite la fonction ».
21:25 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : France, Politique, Sarkozy, UMP, Démocratie, Vidéo, Humour
27.11.2007
Gare à la dépression ! (2/5)
Il existe une maladie qui touche des millions de personnes en France.Une maladie qui peut vous empêcher de parler, de rire, de manger, de travailler, de dormir ou de vous lever le matin, une maladie qui peut vous empêcher de vivre.
Pour mieux comprendre la sarkozite, connaître les symptômes et les traitements, savoir à qui s’adresser et comment réagir, écoutez ce clip.
Témoignage de Nathalie (42 ans) et Nicolas (52 ans).

La sarkozite en chiffres
La sarkozite est l’une des maladies psychiques les plus répandues. Selon l’élection présidentielle de 2007 :
- 47 % des Français qui se sont exprimés (soit près de 17 millions de personnes) ont souffert d’une sarkozite au cours des six derniers mois ;
- 53 % des Français qui se sont exprimés (soit près de 22 millions de personnes) souffriront d’une sarkozite au cours des dix ans à venir.
19:30 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Humour, Parodie, Musique, Politique, Dépression, Sarkozy
25.11.2007
Gare à la dépression ! (1/5)
Il existe une maladie qui touche des millions de personnes en France.Une maladie qui peut vous empêcher de parler, de rire, de manger, de travailler, de dormir ou de vous lever le matin, une maladie qui peut vous empêcher de vivre.
Pour mieux comprendre la medéfite, connaître les symptômes et les traitements, savoir à qui s’adresser et comment réagir, écoutez le clip ci-dessous. Vous y apprendrez que la medéfite est une maladie qui peut prendre plusieurs formes et toucher chacun d’entre nous.
Clip audio réalisé avec la participation de Laurence (48 ans)

La medéfite en chiffres
La medéfite est l’une des maladies psychiques les plus répandues. Selon l’élection présidentielle de 2007 :
- 47 % des Français qui se sont exprimés (soit près de 17 millions de personnes) ont souffert d’une medéfite au cours des six derniers mois ;
- 53 % des Français qui se sont exprimés (soit près de 22 millions de personnes) souffriront d’une medéfite au cours des dix ans à venir.
La medéfite est une maladie qui semble toucher davantage les pauvres : environ deux fois plus de pauvres sont diagnostiqués comme souffrant de medéfite.
20:10 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Humour, Parodie, Musique, Politique, Dépression, Grève, Grèves
08.10.2007
Un tricot nommé désir
Des millions de femmes fantasment sur Marlon Brando qui, dans le film Un tramway nommé désir, arbore un tricot de peau moulant et mouillé de sueur, torride et animal à souhait.Un tricot qui symbolise la virilité mais aussi la résistance de Brando face aux appétits nymphomanes de Vivien Leigh. L’homme est d’autant plus sexy qu’il reste maître de la situation : un mâle allant droit, nul mâle à l’envers.
Quoi qu’il en soit, en 1957, le tricot de peau acquiert un statut particulier : celui de véritable fétiche sexuel de plusieurs générations de femmes.Et c’est d’autant plus étonnant qu’il n’en a pas toujours été ainsi.
Voyez plutôt...
Apparu vers 1850, le tricot de peau est d’abord un sous-vêtement qui colle au corps, afin de le tenir bien au chaud et de protéger les vêtements des effluves corporelles.
Rappelons le contexte du XIXe siècle, marqué par le développement du confort et le souci de l’hygiène.
En 1917, lorsque les États-Unis d’Amérique entrent en guerre, les soldats américains sont épatés par les maillots blancs en coton portés par les soldats européens, maillots bien plus pratiques et confortables que leurs propres tricots en laine.
Essayés puis adoptés, les tricots de peaux européens débarquent ensuite en Amérique, où ils se répandent et deviennent populaires sous le nom de T-shirt, en raison de leur forme de « T » - rien à voir avec la Ford éponyme.
Mais ce sympathique accessoire va avoir maille à partir avec le star-system et subir bien des vicissitudes avant de s’imposer.En 1934, Clark Gable est en passe de devenir le modèle masculin de l’Amérique.
Dans It happened one night de Frank Capra, il apparaît sans tricot de peau sous sa chemise.
L’effet est impressionnant.
Les hommes flairent la bonne astuce et, pour augmenter leurs chances de séduire la secrétaire du building d’à-côté, s’empressent d’imiter Gable en jetant leurs tricots au panier et en se baladant eux aussi torse poil sous leur chemise.
Les ventes de tricots de peau s’effondrent à tel point que l’industrie de la maille aurait demandé à la production de couper cette scène anti-tricotine : la scène du mur de Jéricho...
... que voici.
Une véritable catastrophe, donc.
Mais… tout espoir n’est pas perdu pour notre bon vieux tricot de peau et, encore une fois, c’est la guerre qui va le sauver de la ringardise.
Le maillot en coton étant devenu le sous-vêtement réglementaire de l'US Navy, il débarque en Europe avec les G.I. en 1943 et, à la Libération, représente pour les partisanes du rapprochement atlantiste l’emballage de leurs libido. On imagine, d’ailleurs, la fierté des G.I. exhibant fièrement leur beau T-shirt avec tout plein de muscles dessous, avant de se le faire ôter par leurs conquêtes féminines pour profiter pleinement dudit rapprochement atlantiste avant de rentrer au bercail.
Le tricot de peau est sexy et le paradoxe, amusant : dix ans après que Clark Gable a fait rugir dames et demoiselles avec sa chemise sans maillot, il devient furieusement tendance de porter le tricot sans chemise.
Après guerre, la révolution est accomplie : le tricot de peau cesse d’être un simple sous-vêtement et devient un vêtement à part entière.
Que dis-je ? bien plus qu’un vêtement !
La pièce maîtresse d’un look nouveau, rebelle et décontracté, porté à l’écran par John Wayne, Marlon Brando, enfin par James Dean, qui le fait accéder au rang de symbole de toute une jeunesse, revendicative et libérée.
Et le Marcel de Raimu, dans tout ça ?

Exception culturelle française.
20:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Humour
01.07.2007
Le temps des cerises

Juliette Gréco, Le temps des cerises, 1994.
La cueillette de ce fruit délicat requiert attention et dextérité, sans quoi le merle moqueur aura vite fait de rappliquer pour se fendre la poire – bien que ce fruit-là ne soit pas de saison – devant votre maigre panier et votre mine déconfite. Le merle est con.
De la fin mai à la mi-juillet, il est bien court le temps des cerises, et c’est la seule information vraiment sérieuse que nous apprend Jean-Baptiste Clément, l’auteur. Car s’il fut bon poète, force est de constater qu’il manquait cruellement de connaissances botaniques. On peut l’en blâmer car la cerise n’est pas née de la dernière pluie.Voire, elle est de toutes les délices depuis quelques 6000 ans, quand elle fut découverte sur un gâteau d’Asie mineure.
On murmure, dans les milieux autorisés, que le truculent Lucullus l’aurait introduite en Europe vers 2077 avant Sarkozy.Ci-contre : Lucullus himself.
Ce qui est certain, c’est que Pline l’Ancien en a étudié et chanté les caractères et vertus dans son Histoire Naturelle, poussant le souci du détail jusqu’à nous prévenir que la cerise ressemble à s’y méprendre au fruit du micocoulier, et qu’il faut bien faire gaffe à surtout pas les confondre :
Faba Graeca, quam Romae a suavitate fructus, silvestris quidem, sed cerasorum paene natura, loton appellant.
(Livre XVI, chapitre LIII, verset 123).
Traduc' : la fève du micocoulier, en vérité je vous le dis, est un fruit sauvage, mais qui ressemble presque à la cerise et qu’à Rome on appelle "lotos", à cause de sa douceur.
Quant à Pline le Jeune, brisons là, ce galapiat ne pensait qu’à s’en bâfrer en compote et clafoutis.
Certes, rétorqueront les esprits chagrins, il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que sa culture se répandît un peu partout, sous l’impulsion de Louis XV, qui aimait bien la cerise – et pas seulement celle de madame de Pompadour.
C’est à cette longue histoire que nous devons ces mille et savoureuses variétés qui mûrissent dans nos campagnes et regorgent de malice jusque dans nos marchés et cabas.

On retiendra, en particulier, la burlat (ronde, rouge vif, juteuse comme un baiser), la reverchon (plus foncée, brillante, charnue, sucrée, non sans une touche acidulée subtile), la cœur-de-pigeon (menue, fine, presque noire, ferme et craquante comme une cuisse de Rama Yade) et la Napoléon (bigarreau blanc très ferme, à l’acidité franche et décomplexée, peu digeste, réservé aux tartes).
On n’oubliera pas, bien sûr, la cerise de Montmorency, de la famille des griottes (et non du connétable), reconnaissable à sa petite gaudriole.
Tant de richesse n’est-elle pas la preuve, sinon de l’existence de Dieu, que le bonheur est dans le verger ?
Seule pomme de discorde : les spécialistes ne s’accordent pas sur la fleur de ce divin drupe.
André Claveau la voit rose avec ses airs de demoiselle...

André Claveau, Cerisiers roses et pommiers blancs,
1950, extrait.
Gilbert Bécaud la voit blanche et souligne, observateur et perspicace, que les oiseaux, pour le coup, sont contents.

Gilbert Bécaud, Les cerisiers sont blancs, 1968, extrait.
La science a progressé, mais pas la dignité des merles pour laquelle tout espoir semble irrémédiablement vain.
Tant pis pour eux.
La cerise revêt également des reflets politiques, voire, dit-on dans les vieux manuels d’histoire, les teintes douloureuses de la contestation subversive.
Petit rappel des faits : en 1871, après dix-huit ans de régime impérial, la racaille parisienne, un tantinet lasse des dures conditions salariales et sociales de l'époque, crevant la dalle à cause du siège de Paris par les Prussiens (les éléphants, déjà, passent à la casserole, sauf Victor Hugo qui a quitté la Bastille pour les îles), la racaille, disais-je, s’insurge, fiche un bordel pas possible et invente le socialo-communisme.Hot hot hot.
La racaille, tout comme les merles, ne laissera jamais d’avoir des comportements curieux et d’intriguer l’entendement : tandis qu’elle se fait fracasser la gueule par les troupes versaillaises, elle ne trouve rien de mieux à faire que de chanter ; au lieu de s’écrier « aïe ! », comme tout le monde.
Elle chante Le temps des cerises, tube certes à la mode d’alors, mais qui n’a rien à voir avec la politique. Imagine-t-on, de nos jours, les casseurs entonner le dernier nanar de la Star Ac’ sous les coups de boule des CRS ?
Cette étrange récupération politique relèverait des amours de Jean-Baptiste Clément, qui a dédié sa chanson à une infirmière morte lors de la Semaine sanglante. La pauvresse n’en demandait sûrement pas tant, car…
...parlons-en, des affaires sentimentales de monsieur Clément !

Un drôle de pistolet, oui, qui geint et raconte n’importe quoi, jusqu’à la perversité la plus manifeste.
Après nous avoir habilement appâtés au début de sa chanson par des slogans enchanteurs…
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
il nous incite à prendre la tangente…
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Évitez les belles !
joue au gros dur…
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
annonce sadiquement qu’on va en chier, nous…
Vous aurez aussi des chagrins d’amour
puis finit par avouer un état d’asthénie chronique…
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte
Et dame Fortune (…)
Ne pourra jamais fermer ma douleur
avant de trahir un fond névrotique complètement maso.
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur...
Alors, la cerise, rouge comme le sang ?
Le drapeau révolutionnaire ? la passion dévorante et maladive ?
Fi ! Oublions ces funestes considérations, crachons vite ces noyaux impurs, rendons à la cerise les valeurs qui lui appartiennent de plein droit : l’été, la joie, la gaieté toute simple et festive. Ne boudons pas ces vrais moments de bonheur fugace et de bon aloi.
Courir dans l’herbe, voir une cerise verte, l’attraper par la queue, la montrer à ces messieurs, la tremper non point dans l’huile mais dans l’eau toute chaude, pour en faire une tisane désaltérante et diurétique.
Descendre au verger en galante compagnie, inviter la belle à grimper les barreaux de l’échelle dressée contre le tronc de l’arbre, monter sous sa jupe légère comme un coquelicot, lui flatter gentiment la mignardise pour faire grossir la cerise ; elle n’en sera que plus juteuse et vous pourrez conclure ce tendre hommage en offrant à votre amie de jolis pendants d’oreille qu’elle ne trouvera pas chez Boucheron.Si vous n’avez pas de plantation personnelle, ne désespérez pas.
Faites comme Stone & Charden, pour qui la France est un verger éclaboussé de soleil et d’insouciante rapine.

Stone et Charden,
Il y a du soleil sur la France,
1972, extrait.
Il y a du soleil sur la France
Le reste n’a pas d’importance !
Allons, viens vite que l’on profite
De la vie.
Le fermier d’en face
A les yeux sur nous !
Mets les cerises
Là, dans ma chemise
Et rentrons chez nous.
Dans la campagne
Il reste les traces
De nos deux vélos.
Pendant qu’on pédale
Les autres travaillent…
Il y a du soleil sur la France
Et le reste n’a pas d’importance !
Chassez la chienlit, elle revient à vélo.
14:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Chronique, Musique, Chanson, Nature, Humour, Ecriture
26.06.2007
Le mois de Junon
Le mois de juin est le sixième mois de l’année civile et chrétienne telle que nous la connaissons depuis Jules César. Pour info, nous en sommes à la 2007e année après J.-C., qui est aussi la troisième année AUC (ab UMP condita) et la première de l’ère Sarkozy.
Juin vient du latin junius.
Pourquoi ?

Musique d’ambiance : Marin Marais, Alcione, 3e suite, Prélude pour les prêtresses de Junon, 1706.
Trois hypothèses circulent dans les milieux autorisés.
1) Ce serait le mois consacré à Junius Brutus, Premier consul de Rome. Facile. Un peu court. Passons.
2) D’aucuns prétendent que « juin » ne vient pas de Junius mais de Juniores, « les jeunes ». Sans doute parce que le beau temps et les premières chaleurs poussent les jeunes à sortir dehors pour buller aux terrasses des cafés et courir les filles des villes ou des champs, selon que lesdits jeunes habitent en milieu urbain ou bien à la campagne. La vieillesse est un naufrage qui lénifie les ardeurs amoureuses.
3) D’autres, enfin, et il semble bien qu’ils aient raison, attribuent le mois de juin à la célèbre déesse Junon.
Reine des dieux et du ciel, Junon est une déesse particulièrement importante et très prestigieuse.Plus encore que Cécilia Sarkozy, c’est dire.
Déesse du mariage et de la fécondité, elle s’est mariée avec Jupiter qui, pour être le dieu des dieux, n’en était pas moins un galant galopin qui troussait à peu près tout ce que le mont Olympe comptait de

Jacques Higelin : Queue de paon, 2006, extrait.
Si vous croisez Junon, vous la reconnaîtrez aisément : elle se promène presque toujours portant dans la main gauche une grenade – pour se venger des incartades de son mari – et dans la main droite un sceptre, au haut duquel perche un coucou – le célèbre volatile qui, tel Jupiter, squatte la couche des autres.
Aussi, quand Jupiter rentrait à deux heures du mat’ à la maison et saluait sa femme, mine de rien…

Michel Polnareff, Coucou me revoilou, 1978, extrait.
… Junon manquait rarement, armée de son coucou à pâtisserie bien à elle, de lui signifier son vif mécontentement, assorti de menaces métamorphiques.

Anne Sylvestre, Coucou coucou, 2005, extraits mixés avec une sonnerie de coucou (Radio France, Sonothèque)
On la voit aussi souvent accompagnée d’un paon, symbole de virilité chez Jupiter, comme nous l’avons vu, mais, chez Junon, de jalousie, de suspicion, d’orgueil et de vanité. Junon est bien la déesse des femmes. Malheureuse en amour, peut-être, mais aussi sévère matrone qui ne devait pas être commode tous les jours ! avec, faut-il le rappeler, une grenade dans la main gauche.

Radio France, Sonothèque, Grenade offensive, extrait.
Mais… revenons à nous coucous, paons et autres oiseaux de nos contrées à la douceur plus angevine que les foudres olympiennes…

Musique d’ambiance : Louis-Claude Daquin, Le coucou, 1735.
Le coucou est un oiseau très discret.
Tapi au fond des bois, il est néanmoins sociable avec ses congénères, notamment du sexe féminin, qu’il appelle le mois de mai durant. L’appel du coucou nous est familier et agréable, puisqu’il annonce le printemps :
Radio France, Sonothèque, Coucou, extrait.
Le paon se trouve plus facilement dans les zoos et les jardins. Son appel est des plus disgracieux et a lieu toute l’année. Le paon est une chaudasse.
Maurice Ravel, Histoires naturelles, Le paon, 1906, texte de Jules Renard, extrait.
Le mois de juin est caractérisé par l’appel d’une autre espèce, appelée « général de Gaulle ».
L’appel du général de Gaulle retentit traditionnellement le 18 du mois, de préférence sur les ondes de la BBC :

Charles de Gaulle / Radio Londres, Appel à la résistance, juin 1940, extraits mixés avec des sons de Radio Londres et un bref extrait des Scissor Sisters (Filthy Gorgeous, 2004)
Le but de cet appel n’est pas, malgré les apparences, de trouver un partenaire sexuel, mais de provoquer le jour le plus long, qui, ça tombe bien, intervient le 21 juin, jour du solstice d’été.Pour fêter cet événement, les blousons noirs de France et de Navarre sortent leurs guitares électriques, assourdissent les braves gens de sons discordants extrêmement désagréables et s’enivrent de bière bon marché, sous le perfide prétexte que c’est la fête de la musique, avec…

Laurent Gerra / RTL, Le grandjunonjuron du 21 juin, 2007, extrait.
Le gentilhomme, lui, file à Saint-Tropez pour échapper au vacarme et siroter tranquillement une grenadine sur le port en matant les filles.
Conclusion : Brigitte Bardot, Do you Saint-Tropez, 1968.
20:50 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Chronique, Humour, Musique, Chanson, Animaux, Sarkozy, Histoire





