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02.05.2008

La plus belle conquête de l'homme

L’usage veut que le cheval soit la plus belle conquête de l’homme.

C’est là un lieu désormais commun qu’il convient de nuancer. On ne voit plus de chevaux sur le pavé parisien ni dans les plaines de Sologne.

Pourquoi l’homme, après avoir consacré tant de siècles, de patience et d’avoine à dompter cet étrange animal (ce zèbre sans rayure, ce chameau sans bosse, ce centaure sans cravate, cet hippocampe sans nageoire, cette licorne sans corne, cet hippopotame sans groin, bref, ce grand dadais avec deux pattes devant, deux pattes derrière, deux pattes de chaque côté, une crinière mince et piteuse comme une brosse à dent usée et ce rire de comique troupier en fin de mois), pourquoi l’homme, ordoncques, après tant de peine pour faire du cheval sa « plus belle conquête », l’a-t-il abandonné sans regrets ni remords au profit, notamment, du moteur à explosion ?



Eugène Delacroix, Arabe sellant son cheval, 1855, huile sur toile, musée du Louvre, Paris.

Force est de constater qu’on ne trouve plus guère de chevaux, aujourd’hui, que sur les gazons disneyiens de Longchamp ou d’Auteuil, les écuries de la reine Elizabeth II et quelques vieux westerns qui passent encore au cinéma. Encore sont-ils concurrencés jusque dans ces retranchements par le ticket de Tac O Tac, le prince William et d’authentiques comiques troupiers prêts à tout – y compris à l’humour pas drôle – pour payer leur troisième tiers provisionnel.

Le cheval, nonobstant sa crasse méconnaissance de l’œuvre de Pline l’Ancien, ne méritait peut-être pas si rude traitement.

L’homme est ingrat, et pas seulement du bide.

Mais il est aussi pragmatique, et s’il a abandonné le cheval, c’est peut-être bien parce là n’était plus sa plus belle conquête, après tout. Ça hennit et ne sait même pas se tenir dans un salon. Pire, ça fait caca sur les grands boulevards.

Fini, le dada.

De là une question brûlante : quelle est donc la nouvelle plus belle conquête de l’homme ?

D’aucuns prétendent, non sans quelque flagornerie destinée à flatter le beau sexe, que ce serait la femme.

Voilà en effet une belle créature, qui peut être des plus agréables, une fois domptée. La chose n’est néanmoins pas facile et requiert tact, patience, beaucoup de mansuétude et peu de rancune.

Car il y a une profonde injustice à devoir conquérir un être qui, en toute logique, nous appartient déjà.

La femme a-t-elle jamais réalisé que sans l’homme, elle n’existerait pas ? Qui c’est qui s’est fendu d’une côte – et une belle, encore, une côte première toute neuve ! – pour que Dieu puisse la façonner ? C’est Adam… ou l’homme. Sans côte d’Adam, pas d’Ève. Sans homme, pas de femme.



Michel-Ange, La création d'Ève, 1508-12, fresque, chapelle Sixtine, Cité du Vatican.

Femme, tu n’es qu’ingratitude !

Toi qui ne fus conçue que pour épauler ton compagnon dans la divine mission que lui assigna le Créateur, à savoir perpétuer l’espèce, toi qui lui dois tout…

Frustrée de cet état de fait, tu te venges bêtement, bassement, tu n’accordes aucune faveur sans l’avance d’un bouquet de fleurs, d’une soirée au firmament des étoiles du guide Michelin, d’une rivière de diamants, d’une pluie de carats ou, soyons modernes, d’un pied-à-terre sur la Côte (d’Azur, cette fois) ou d’une assurance vie.



Le meilleur ami de la femme : le diamant.

Tu as pris la côte d’Adam et maintenant tu nous prends la tête ? Tu es la chair de notre chair et il faudrait maintenant te courir après, comme le monde à sa perte ? On en a battues pour moins que ça. Mal baisée, va.

La femme n’est pas la meilleure conquête de l’homme. Tout au plus en est-elle la plus belle coquette, ou la meilleure ennemie.

Quelle est donc la nouvelle plus belle conquête de l’homme ?

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas !

Il convient de rester simple, humble, et de se laisser porter à la Révélation.

Retournons aux fondamentaux, ouvrons nos mirettes avides de la sagesse des Anciens et rappelons-nous ces quelques passages de la Genèse.

« Dieu façonna l’homme, poussière tirée du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant ».
(Dixit le narrateur in Genèse, article 2, alinéa 7)

« Sur ton ventre tu marcheras, et poussière tu mangeras tous les jours de ta vie ».
(Dixit Dieu le Père PC - Pas Content – au serpent qui a converti Ève à Apple ; in Genèse, article 3, alinéa 14)

« Car poussière tu es et à la poussière tu retourneras ».
(Dixit Dieu à Adam, in Genèse, article 3, alinéa 19)




Grains de poussière, in Almanach Hachette, 1906.

On le voit bien : la poussière hante nos vies.

Elle se dépose sans répit ni pitié jusque dans les moindres recoins de nos pauvres consciences et, quoi que l’on fasse, quoi que l’on dise, quoi que l’on pense et quoi que l’on mange (même cinq fruits et légumes par jour), elle finira par ensevelir nos misérables ambitions et notre indécrottable vacuité sous un tombereau de moutons tassés par d’affreux acariens en attendant l’escadron des asticots.



Man Ray, Élevage de poussière, 1920, Fonds régional d'art contemporain de Bourgogne, Dijon.

De là l’évidence…

La plus belle conquête de l’homme, c’est l’aspirateur.



L'aspirateur est le salut du genre humain
hébergé sur dailymotion par epeon

15:45 Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Chronique, Humour, Animaux, Femme, Dieu, Genèse, Suicide

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Commentaires

Ingrat du bide, toi même !

Ecrit par : Eric | 10.05.2008

L'aspirateur n'est donc pas la plus belle conquête de la femme ? Ô heureuse conclusion !

Ecrit par : Marie-Georges Profonde | 22.06.2008

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