08.06.2008

Roland-Garros

Le tennis remonte à la plus haute Antiquité.
Adam et Ève, déjà, après que Dieu les engueula pour avoir ramassé la pomme maudite, se refilèrent celle-ci l’un à l’autre en se la lançant comme une patate chaude.



Adam et Ève, la pomme et le serpent au paradis terrestre, façade de la cathédrale d'Orvieto, Italie, vers 1320-1330.

Chassés du paradis terrestre, Adam et Ève se mirent à errer dans un aride désert de terre battue et remplacèrent la pomme par une baballe pleine de sinuosités car en peau de serpent.

1-6, 6-1, 6-4, 7-6.

Le jeu de pomme devint, au fil de l’histoire, le jeu de paume et de là, le tennis tel qu’on le connaît aujourd’hui.



Claude-Louis Desrais, Mode du jour. La longue paume des Champs-Élysées, XVIIIe siècle, Paris, musée Carnavalet.
 
Il est bien le pire fléau hérité du péché originel. De nos jours encore, quand le coucou claironne dans nos bosquets et un peu avant que le général de Gaulle ne fasse son intéressant à la radio, une flopée de zoulous en short se réunit dans une sorte de parc saupoudré de terre brûlée et placé sous le haut patronage non du Très Haut, mais de l’aviateur Roland Garros.

Que signifie ce changement de volaille, sinon une basse vengeance à l’égard de l’ancienne colère de Dieu ?

Le rite est immuable et les dégâts collatéraux considérables. Dès que lesdits zoulous commencent à agiter leurs bras comme des danseurs de tecktonik, se met en branle la terrible secte des journalistes sportifs.
De même que, naguère, les sauterelles se répandirent sur l’Égypte, de même que la peste ravagea l’Occident au XIVe siècle, de même qu’Isabelle Giordano répand encore et toujours sa voix de caillasse sur les ondes désormais impures de France Inter, les journalistes sportifs répandent l’affliction et l’ennui dans tous les médias. Chiant, chiant, chiant.



Venus Williams, Kristof Vliegen, Novak Djokovic et Gilles Simon à Rolland-Garros.

Lesdits journalistes de pacotille prennent une voix sérieuse teintée d’un accent des plus rocailleux, comme s’il s’agissait de relater un remaniement ministériel ou une nouvelle guerre mondiale. Ils psalmodient d’étranges et soporifiques développements sur le physique, les performances et le mental des combattants. Ils commentent chaque passage de la baballe (qui est toujours affublée des sinuosités du Malin, mais qui rappelle également, par sa couleur jaune, la trahison de la confiance divine par l’Homme) et se lancent dans l’énoncé frénétique de mystérieuses séries de chiffres cabalistiques :
6-3, 4-6, 6-3, 6-4 ;
6-1, 6-1, 6-1 ;
6-1, 6-0, 6-2.

Les combattants mènent un combat à mort, sous la surveillance attentive de quarterons de marmots en retrait pour leur chiper les balles, et sous le regard faussement distingué d’une foule de curieux prêts à claquer un fric pas possible pour assister à ces simagrées.



Rafael Nadal vainqueur de Roger Federer le 10 juin 2007 à Roland-Garros.

Une fois le combat terminé, le vainqueur remporte un grand bol d’argent ciselé, large et évasé, très pratique pour y manger le muesli au petit-déjeuner.

12:11 Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Chronique, sport, tennis, Roland-Garros

02.05.2008

La plus belle conquête de l'homme

L’usage veut que le cheval soit la plus belle conquête de l’homme.

C’est là un lieu désormais commun qu’il convient de nuancer. On ne voit plus de chevaux sur le pavé parisien ni dans les plaines de Sologne.

Pourquoi l’homme, après avoir consacré tant de siècles, de patience et d’avoine à dompter cet étrange animal (ce zèbre sans rayure, ce chameau sans bosse, ce centaure sans cravate, cet hippocampe sans nageoire, cette licorne sans corne, cet hippopotame sans groin, bref, ce grand dadais avec deux pattes devant, deux pattes derrière, deux pattes de chaque côté, une crinière mince et piteuse comme une brosse à dent usée et ce rire de comique troupier en fin de mois), pourquoi l’homme, ordoncques, après tant de peine pour faire du cheval sa « plus belle conquête », l’a-t-il abandonné sans regrets ni remords au profit, notamment, du moteur à explosion ?



Eugène Delacroix, Arabe sellant son cheval, 1855, huile sur toile, musée du Louvre, Paris.

Force est de constater qu’on ne trouve plus guère de chevaux, aujourd’hui, que sur les gazons disneyiens de Longchamp ou d’Auteuil, les écuries de la reine Elizabeth II et quelques vieux westerns qui passent encore au cinéma. Encore sont-ils concurrencés jusque dans ces retranchements par le ticket de Tac O Tac, le prince William et d’authentiques comiques troupiers prêts à tout – y compris à l’humour pas drôle – pour payer leur troisième tiers provisionnel.

Le cheval, nonobstant sa crasse méconnaissance de l’œuvre de Pline l’Ancien, ne méritait peut-être pas si rude traitement.

L’homme est ingrat, et pas seulement du bide.

Mais il est aussi pragmatique, et s’il a abandonné le cheval, c’est peut-être bien parce là n’était plus sa plus belle conquête, après tout. Ça hennit et ne sait même pas se tenir dans un salon. Pire, ça fait caca sur les grands boulevards.

Fini, le dada.

De là une question brûlante : quelle est donc la nouvelle plus belle conquête de l’homme ?

D’aucuns prétendent, non sans quelque flagornerie destinée à flatter le beau sexe, que ce serait la femme.

Voilà en effet une belle créature, qui peut être des plus agréables, une fois domptée. La chose n’est néanmoins pas facile et requiert tact, patience, beaucoup de mansuétude et peu de rancune.

Car il y a une profonde injustice à devoir conquérir un être qui, en toute logique, nous appartient déjà.

La femme a-t-elle jamais réalisé que sans l’homme, elle n’existerait pas ? Qui c’est qui s’est fendu d’une côte – et une belle, encore, une côte première toute neuve ! – pour que Dieu puisse la façonner ? C’est Adam… ou l’homme. Sans côte d’Adam, pas d’Ève. Sans homme, pas de femme.



Michel-Ange, La création d'Ève, 1508-12, fresque, chapelle Sixtine, Cité du Vatican.

Femme, tu n’es qu’ingratitude !

Toi qui ne fus conçue que pour épauler ton compagnon dans la divine mission que lui assigna le Créateur, à savoir perpétuer l’espèce, toi qui lui dois tout…

Frustrée de cet état de fait, tu te venges bêtement, bassement, tu n’accordes aucune faveur sans l’avance d’un bouquet de fleurs, d’une soirée au firmament des étoiles du guide Michelin, d’une rivière de diamants, d’une pluie de carats ou, soyons modernes, d’un pied-à-terre sur la Côte (d’Azur, cette fois) ou d’une assurance vie.



Le meilleur ami de la femme : le diamant.

Tu as pris la côte d’Adam et maintenant tu nous prends la tête ? Tu es la chair de notre chair et il faudrait maintenant te courir après, comme le monde à sa perte ? On en a battues pour moins que ça. Mal baisée, va.

La femme n’est pas la meilleure conquête de l’homme. Tout au plus en est-elle la plus belle coquette, ou la meilleure ennemie.

Quelle est donc la nouvelle plus belle conquête de l’homme ?

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas !

Il convient de rester simple, humble, et de se laisser porter à la Révélation.

Retournons aux fondamentaux, ouvrons nos mirettes avides de la sagesse des Anciens et rappelons-nous ces quelques passages de la Genèse.

« Dieu façonna l’homme, poussière tirée du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant ».
(Dixit le narrateur in Genèse, article 2, alinéa 7)

« Sur ton ventre tu marcheras, et poussière tu mangeras tous les jours de ta vie ».
(Dixit Dieu le Père PC - Pas Content – au serpent qui a converti Ève à Apple ; in Genèse, article 3, alinéa 14)

« Car poussière tu es et à la poussière tu retourneras ».
(Dixit Dieu à Adam, in Genèse, article 3, alinéa 19)




Grains de poussière, in Almanach Hachette, 1906.

On le voit bien : la poussière hante nos vies.

Elle se dépose sans répit ni pitié jusque dans les moindres recoins de nos pauvres consciences et, quoi que l’on fasse, quoi que l’on dise, quoi que l’on pense et quoi que l’on mange (même cinq fruits et légumes par jour), elle finira par ensevelir nos misérables ambitions et notre indécrottable vacuité sous un tombereau de moutons tassés par d’affreux acariens en attendant l’escadron des asticots.



Man Ray, Élevage de poussière, 1920, Fonds régional d'art contemporain de Bourgogne, Dijon.

De là l’évidence…

La plus belle conquête de l’homme, c’est l’aspirateur.



L'aspirateur est le salut du genre humain
hébergé sur dailymotion par epeon

15:45 Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Chronique, Humour, Animaux, Femme, Dieu, Genèse, Suicide

14.02.2008

Le temps des amours

La Saint-Valentin date de la plus haute Antiquité, soit bien avant l’invention de la sainteté. C’est dire si nos racines chrétiennes, fort à la mode en ce moment, doivent beaucoup au paganisme.

À Athènes, déjà, la mi-février coïncidait avec la fin du mois de Gamélion, le mois des mariages, en l’honneur de l’union de Zeus et de Héra… ce qui pourrait bien expliquer pourquoi Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ont choisi février pour se marier.



À Rome, le 15 février était consacré à Lupercus, dieu de la fertilité. Ses prêtres sacrifiaient des chèvres, picolaient comme des Russes, couraient dans les rues de Rome à moitié nus et touchaient les passantes avec des morceaux de peau de chèvre, ce qui était censé les rendre fertiles et favoriser leur accouchement.

C’était les Lupercales.



Aujourd’hui, le prince président sacrifie David Martinon sur l’autel de la ville de Neuilly, boit la tasse dans les sondages, court dans tous les sens et touche la ménagère de moins de cinquante ans avec le bracelet de sa Rollex, dans l’espoir que ce geste thaumaturge favorise son pouvoir d’achat et accouche de meilleurs augures pour les élections.

C’est les Municipales.



Là-dessus, au IIIe siècle, un prêtre prénommé Valentin se fait remarquer par le pouvoir impérial, ce qui lui vaut de finir sous les palmes du martyre et les cippes de la via Flaminia. D’aucuns murmurent qu’au moment de lâcher les lions, l’empereur lui aurait dit : « Si tu reviens sur tes conneries, j’annule tout ». Peine perdue.

On le voit bien : la mi-février est la période faste des amours, profanes ou sacrées, d’où les mille et une fariboles galantes qui ont envahi notre civilisation avide d’opérations romantico-commerciales.

Une chose néanmoins vaut que l’on s’intéresse à cette Saint-Valentin 2008 : la formidable déclaration d’amour de Valentine (une p'tite jeune qui n'en veut), à Philippe Collin (le Lupercus de la Panique au Mangin Palace).

Dernier jour pour cliquer ici !


15:10 Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Saint-Valentin, Athènes, Rome, Municipales, Sarkozy, Amour, Philippe Collin