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11.01.2008

D’la galette

Faudrait quand même voir à pas être plus royaliste que le roi ! Voilà une sentence que nous entendons souvent et un peu partout, depuis les loges de nos concierges jusque dans les salons les plus huppés. Pourtant, la France a depuis belle lurette renoncé à la royauté. On peut, en conséquence, se demander pourquoi nous nous livrons pieds et poings liés à cette tradition de janvier qui consiste à tirer les rois. Serait-ce là une revanche quelque peu cavalière sur les princes thaumaturges qui ont tripoté nos ancêtres ? Que nenni.

04d4c3624e994ce649d29dc0c7107309.jpgPour comprendre pleinement ce qu’est l’épiphanie, il nous faut remonter le temps beaucoup plus loin. Rappelez-vous : c’était il y a 2000 ans et quelques poussières, à Bethléem, où naquit celui que les prophètes appelaient de leurs vœux et que sa mère appela plus simplement Jésus.

La maman – qui s’appelait Marie mais ne se couchait pas là – et le papa – qui s’appelait Joseph et qui était bien charpenté – envoyèrent des faire-part à tout le gratin des contrées avoisinantes.

680ebfe7ae55b5a61adb9b392c7f3c7c.jpgOncques ne vit publipostage plus ambitieux, sauf peut-être celui de Rachida Dati du temps où elle écrivait au Tout-Paris pour dégoter un Pygmalion à même de lui offrir un parquet approprié à sa longue dentition ; force est de reconnaître qu’elle sut trouver le bon, puisque grâce à celui qui en fit sa Galatée, elle raye désormais de nombreux parquets… de la carte judiciaire.

Gaspard, roi des Perses, Melchior, roi des Arabes et Balthazar, roi de l'Inde – que du beau linge ! –, reçurent la nouvelle avec faveur et entreprirent de rendre une visite de courtoisie au petit Jésus.

Seulement voilà : le chemin était fort long, entravé par mille dunes sableuses, semé d’embûches par Hérode et totalement dépourvu de panneaux signalétiques. Nonobstant, l’événement semblant de la plus haute importance, cela valait bien la peine de se bouger le popotin…



Las, point de carte routière, point de Mappy, point de GPS pour s’orienter.

290d05cc3ac592b9ba31835b7fe66d51.jpgGaspard, roi des Perses mais aussi chaud lapin, venait tout juste d’épouser en troisième noces la princesse Sheïlah, elle-même fraîchement divorcée de Ringo, doge à Venise. Follement amoureuse de son roi de mari, celle-ci avait toujours peur de l’égarer dans quelque royale surprise partie. Aussi, épatée par l’astuce d’Ariane (elle venait de lire L’Odyssée), elle alla quérir, au cœur de la Galilée voisine, un berger qui tondit ses moutons et fit de leur laine un long fil mince et souple.

40763c6356a7ab0afee31f7446782250.jpgRevenue au palais, Sheïlah accrocha aussitôt l’extrémité du fil au paletot de son Gaspard et put ainsi, à tout moment, retrouver icelui où qu’il se trouvât. Icelui, cependant, avait la bougeotte et ne cessait d’aller et venir en tous sens : le fil du berger ne tarda pas à s’emberlificoter, à se mêler, à se tisser lui-même.

De fil, il devint toile. De là à conclure que les toiles du berger, y’a pas mieux pour s’orienter, il n'y a qu'un pas douteux et lamentable à franchir. Voilà qui est fait.

Avec pour seule consolation que cela reste moins désolant que l’illustration sonore suivante…



443fddbbb6f11b596c50488a7855577e.jpg Bref… revenons à nos moutons, désormais nus comme des vers.

L’orientation étant réglée, comment les rois allaient-ils se déplacer ?

À pied ? « Il n’y faut pas même penser ! » dit Melchior, qui n’aimait guère la marche.




Aussi prirent-ils leurs plus beaux équipages – tant qu’à marcher, autant que ce soient des animaux qui le fassent – et se mirent en route de bon matin dessus le grand chemin.


D’aucuns prétendent qu’oncques ne vit caravane plus fastueuse, aux confins du bling bling.





D’autres témoins rapportent une vision plus simple voire plus champêtre de cette équipée.




Quoi qu’il en soit et clopin-clopant, Gaspard, Melchior et Balthazar arrivent enfin à Bethléem, le 6 janvier. C’est alors indéniable, net et officiel que…




Humblement, ils pénètrent dans la grotte enchantée et découvrent un spectacle des plus merveilleux…




Sous une voûte de pierre et sur un lit de paille, la scène rassemble un âne, un mouton et un bœuf, affichant tous trois une sérénité à nulle autre pareille… Le père, Joseph, feuillette nonchalamment l’almanach Vermot, au coin du feu qui crépite dans la cheminée. La mère, près de la fenêtre percée à même la roche, tricote un bas de laine tout en surveillant d’un œil tendre son petit.

218d7b7af43d02573bc8c2acc59d5f60.jpgAu milieu et sous une flopée d’angelots joufflus soufflant dans de célestes trompinettes et lançant de joyeux cotillons, mollement alangui sur une couche tressée de foin et de vieilles hardes, voici, voici…




« Mais qui sont ces inconnus qui débarquent, là, sans même prévenir ? Et vêtus comme des guignols, encore ! C’est louche… Qui sont ces envahisseurs, que viennent-ils faire chez nous ? ».




Joseph, lui, se tourne vers le premier d’entre eux, pour lui demander…





Les trois acolytes, sur le ton le plus aimable qui soit, se présentent et entreprennent de rassurer Joseph, visiblement apeuré - craint-il d’avoir en face de lui des émissaires de l’arche de Zoé ?




Un tel langage, si raffiné, si châtié, n’est pas sans laisser Joseph quelque peu perplexe. À dire la vérité, le pauvre bougre n’y comprend rien. Il se tourne vers Marie et lui demande…




Marie, elle, comprend que de ces trois lascars, il peut y avoir quelque profit à tirer. « Laisse-moi faire ! », murmure-t-elle à Joseph. Elle le prie de mettre un peu de musique pour détendre l’atmosphère et de la regarder en action…




« Oui, bon, d’accord, soit, bienvenue chez nous !, leur dit-elle, mais bon, vous avez pensé à apporter des cadeaux, au moins ?






92d21ee6ba2425383e63cd8426afc745.jpgL’encens, pour parfumer la maison du Tout-Puissant.

Excellente idée ! se dit Marie : avec l’âne et le bœuf, ça commence à sentir le fauve, ici…

Certes, c’est pas grand-chose, mais…





6362686c57c1f60d307dddcbfef5e9aa.jpgL’or, pour l’autorité royale.

L’autorité, fort bien, mais… l’or…
L’or ! C’est un coup de pouce bienvenu pour le pouvoir d’achat du ménage, qui va pouvoir dépenser plus pour élever le petit et aussi mettre du beurre dans les épinards. On le dit peu, mais il faut savoir que la Madonne était une fille plutôt matérialiste, comme elle l’a dit elle-même, d’ailleurs…




f5ce53bb90d3895425b6244598c771c5.jpgLa myrrhe, la plus précieuse des herbes de l’Orient, et la plus amère

Oui, bon, alors là, est-ce qu’ils ne sont pas en train de se moquer du monde ? se dit Marie… De l’herbe ? Mais c’est qu’ils prendraient le divin Jésus pour une racaille, ces hurluberlus ! Et amère, en plus ? Même en tisane, rien à faire… Marie se tait mais n’en jette pas moins un regard mauvais. « Que ces rois soient maudits ! » pense-t-elle en son for intérieur…




Joseph tente de rattraper le coup et propose aux rois de rester pour le dîner. « Vous mangerez bien un petit quelque chose avant de dormir ? Vous accepterez bien notre hospitalité pour la nuit, avant de repartir ? ».
Certes, le garde-manger n’est guère fourni, et Joseph doit préciser à ses hôtes que…




9464ca4043666c8f2a38e6f310926633.jpgAinsi se restaure la petite compagnie, à la fortune du pot, avant de finir la soirée par quelques chansons et propos allègres augurant une nuit bonne, paisible et joyeuse.




On le voit bien : sous le signe de la convivialité, personnifiée par Joseph, et sous celui de l’avidité, incarnée par Marie, rien d’étonnant à ce que de nos jours encore, on se rassemble dans la bonne humeur pour se partager de la galette et se distribuer ainsi un symbole de richesse à nul autre pareil.



De la galette
? Oui, de la galette, du blé ou de l’avoine, du beurre, d’la fraîche, du flouze, d’la maille, d’l’artiche…

D’l’oseille, quoi.




Moralité : si votre roi mage vous apporte un tel héritage, pouvez tirer sans risque dans le dos de ces rois.


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Pastilles sonores :

Franco Zeffirelli, Jésus de Nazareth, 1977
Sheila, Les rois mages, 1971
Gilbert Bécaud, Il faut marcher, 1965
Tino Rossi, La marche des rois, 1972
Patrice et Mario, José le caravanier, 1952
Yvette Guilbert, Le voyage à Bethléem, 1933
Bernard Herrmann, musique de Voyage au centre de la terre (La grotte), 1959
Berthe Sylva, Arrêter les aiguilles, 1925
Dominic Frontiere, musique de Les envahisseurs, 1967-1968
Mathieu Boogaerts, Comment tu t'appelles ?, 1998
Philippe Katerine, Qu’est-ce qu’il a dit ?, 2005
Lucienne Delyle, Mets deux tunes dans l'bastringue, 1954
Marie Dubas, C'est toujours ça de pris, 1935
Madonna, Material Girl, 1985
Georges Delerue, musique de Les rois maudits, 1972
Jacques Dutronc, L'âne est au four et le bœuf est cuit, 1971
Luis Mariano et Annie Cordy, Visa pour l'amour, 1961
Fernandel et Arletty dans Fric-Frac, 1939

Illustrations :


(1) Anonyme, Adoration des Mages (Chapiteau de la cathédrale d’Autun).
(2) Y'a plus de numéro 2 :p
(3) Léopold Kupelwieser, Le voyage des trois rois, 1825 (Österreichische Galerie Belvedere, Vienne).
(4) La tonte des moutons, Calendrier national des bergers, 1497 (BNF, Paris).
(5) Benozzo Gozzoli, Procession du mage Balthazar, 1459-1461 (Chapelle du palais Médicis, Florence).
(6) Anonyme, Les rois mages, XIIe siècle (Cathédrale de Chartres).
(7) Rosso Fiorentino, Ange musicien, 1520 (Galerie des Offices, Florence).
(8) Giotto, Adoration des mages, 1303 ca. (Chapelle des Scrovegni, Padoue).
(9) Andrea Mantegna, L’adoration des mages, 1500 ca. (The J. Paul Getty Museum, Los Angeles).

22:10 Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, Parodie, Musique, Chanson, Art

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Commentaires

De la belle ouvrage, mais un peu sexiste...

Marie n'était en rien cette mégère un peu bornée que tu décris...

Ecrit par : Ariane | 11.01.2008

Qu'en savez-vous, chère Ariane ? Si l'on regarde les Ecritures d'un oeil un peu critique, rien ne prouve que Marie fut aussi blanche qu'on le prétend. Quelqu'un qui réussit sans ostentation "blig bling", sans même coucher d'ailleurs, c'est bizarre, non ?

Ecrit par : Monsieur Kaplan | 15.01.2008

Bravo !
Le mariage des textes, du son et des images est remarquable !
Où trouver les bandes son des films ???

Ecrit par : Maximilien | 15.01.2008

Gast *! Mais que va devenir Philippe Collin ?

* juron breton fort peu amène et néanmoins très usité.

Ecrit par : Colimar | 15.01.2008

Maximilien, pour avoir une bande-son, il suffit d'avoir le film sur support numérique !
Puis il faut en extraire la bande-son au moyen d'un logiciel (par exemple Virtualdub) et enfin sélectionner le ou les passages souhaités à l'aide d'un logiciel de montage (Audacity est très bien et très simple d'utilisation)... voilà !

Colimar, aux dernières nouvelles, Philippe Collin serait sur le point de se retrouver sous un parapluie avec une certaine Valentine... Pourquoi ? :p

Ecrit par : Monsieur Kaplan | 15.01.2008

Oui, pour le parapluie je suis l'affaire de près.
Je voulais juste dire qu'il y avait dans ce mélange (réussi) matière à réaliser une Panique de fort honnête facture !
Mais bon, que Philippe se rassure : on l'aime aussi pour sa voix, ses chroniques dans la Bande à Bonnaud...

Ecrit par : Colimar | 15.01.2008

C'est extra ! Quel superbe moment ici ! Je vais continuer mon exploration de ton blog avec grand plaisir !
Merci beaucoup pour cette merveilleuse aventure visuelle et sonore et... pleine d'humour !

Ecrit par : K.Rine | 15.01.2008

Colimar, vous êtes flatteur ! C'est amusant, car je me suis demandé aujourd'hui si je n'allais pas essayer de proposer une version "podcast", c'est-à-dire avec ma voix enregistrée, de ce billet, conçu, en effet - j'avoue tout - sur le modèle de l'émission que nous savons...

K.Rine, bienvenue, vous êtes ici chez vous.

Ecrit par : Monsieur Kaplan | 15.01.2008

Charlemagne est mort... On attend ton article là-dessus.

Ecrit par : J. Mangin Lemagne | 21.01.2008

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