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08.10.2007

Un tricot nommé désir

Nous sommes en 1957.

28a9def26908d0b6fac4a0249e37ee24.jpg Des millions de femmes fantasment sur Marlon Brando qui, dans le film Un tramway nommé désir, arbore un tricot de peau moulant et mouillé de sueur, torride et animal à souhait.

Un tricot qui symbolise la virilité mais aussi la résistance de Brando face aux appétits nymphomanes de Vivien Leigh. L’homme est d’autant plus sexy qu’il reste maître de la situation : un mâle allant droit, nul mâle à l’envers.

0367828d8d033fee6ce729728952de5d.jpgQuoi qu’il en soit, en 1957, le tricot de peau acquiert un statut particulier : celui de véritable fétiche sexuel de plusieurs générations de femmes.
Et c’est d’autant plus étonnant qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

Voyez plutôt...

Apparu vers 1850, le tricot de peau est d’abord un sous-vêtement qui colle au corps, afin de le tenir bien au chaud et de protéger les vêtements des effluves corporelles.
Rappelons le contexte du XIXe siècle, marqué par le développement du confort et le souci de l’hygiène.

En 1917, lorsque les États-Unis d’Amérique entrent en guerre, les soldats américains sont épatés par les maillots blancs en coton portés par les soldats européens, maillots bien plus pratiques et confortables que leurs propres tricots en laine.

Essayés puis adoptés, les tricots de peaux européens débarquent ensuite en Amérique, où ils se répandent et deviennent populaires sous le nom de T-shirt, en raison de leur forme de « T » - rien à voir avec la Ford éponyme.

12b23e1d2cd19841f5f794fc051ee1f3.jpgMais ce sympathique accessoire va avoir maille à partir avec le star-system et subir bien des vicissitudes avant de s’imposer.

En 1934, Clark Gable est en passe de devenir le modèle masculin de l’Amérique.

Dans It happened one night de Frank Capra, il apparaît sans tricot de peau sous sa chemise.

L’effet est impressionnant.

Les hommes flairent la bonne astuce et, pour augmenter leurs chances de séduire la secrétaire du building d’à-côté, s’empressent d’imiter Gable en jetant leurs tricots au panier et en se baladant eux aussi torse poil sous leur chemise.

Les ventes de tricots de peau s’effondrent à tel point que l’industrie de la maille aurait demandé à la production de couper cette scène anti-tricotine : la scène du mur de Jéricho...

... que voici.
 
 

Une véritable catastrophe, donc.

Mais… tout espoir n’est pas perdu pour notre bon vieux tricot de peau et, encore une fois, c’est la guerre qui va le sauver de la ringardise.

Le maillot en coton étant devenu le sous-vêtement réglementaire de l'US Navy, il débarque en Europe avec les G.I. en 1943 et, à la Libération, représente pour les partisanes du rapprochement atlantiste l’emballage de leurs libido. On imagine, d’ailleurs, la fierté des G.I. exhibant fièrement leur beau T-shirt avec tout plein de muscles dessous, avant de se le faire ôter par leurs conquêtes féminines pour profiter pleinement dudit rapprochement atlantiste avant de rentrer au bercail.

Le tricot de peau est sexy et le paradoxe, amusant : dix ans après que Clark Gable a fait rugir dames et demoiselles avec sa chemise sans maillot, il devient furieusement tendance de porter le tricot sans chemise.

Après guerre, la révolution est accomplie : le tricot de peau cesse d’être un simple sous-vêtement et devient un vêtement à part entière.

Que dis-je ? bien plus qu’un vêtement !

La pièce maîtresse d’un look nouveau, rebelle et décontracté, porté à l’écran par John Wayne, Marlon Brando, enfin par James Dean, qui le fait accéder au rang de symbole de toute une jeunesse, revendicative et libérée.

Et le Marcel de Raimu, dans tout ça ?

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Exception culturelle française.

20:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Humour