18.06.2007
Sombre dimanche (1/4)

À Budapest, en ce début de l’an 1933, le fond de l’air est frais.
Morose comme une baisse du CAC 40, Rezsö se rend au restaurant Kispipa – où il a ses habitudes - et s’assied au piano. Machinalement, ses mains commencent à improviser une mélodie mélancolique, à la mesure de cette putain de dépression qui le grignote lentement mais sûrement.
« Quel sombre dimanche… », se dit-il. Englué dans cette sordide mais fertile inspiration, il rentre chez lui, griffonne la mélodie qu’il vient de jouer au dos d’une vieille carte postale et va la porter à son ami Jávor László qui, en moins de temps qu’il n’en faut pour clouer un cercueil, lui pond de jolies paroles.
Szomorú vasárnap / Száz fehér virággal / Vártalak kedvesem / Templomi imával. / Álmokat kergetõ / Vasárnap délelõtt, / Bánatom hintaja / Nélküled visszajött. / Azóta szomorú / Mindig a vasárnap, / Könny csak az italom, / Kenyerem a bánat. / Szomorú vasárnap…
Utolsó vasárnap / Kedvesem gyere el, / Pap is lesz, koporsó, / Ravatal, gyászlepel. / Akkor is virág vár, / Virág és - koporsó. / Virágos fák alatt / Utam az utolsó. / Nyitva lesz szemem, hogy / Még egyszer lássalak. / Ne féj a szememtõl, / Holtan is áldalak... / Utolsó vasárnap…
Ce qui signifie à peu près ceci.
C’est l’automne, les feuilles tombent. Il n’y a plus d’amour sur terre, le vent hurle et verse de tristes larmes, mon cœur n’attendra plus le printemps. Mes larmes, mes chagrins sont vains, les gens sont sans cœur, aigris et cruels.
L’amour est mort.
Le monde court à sa perte, l’espoir n’a plus de sens. Les villes disparaissent sous la musique des canons, les prairies sont rouges du sang des hommes, les rues se couvrent de cadavres, c’est l’heure de ma dernière prière. Les hommes, Seigneur, sont des pécheurs et font tant d’erreurs.
Le monde est mort…
Tout fier de lui, Rezsö adresse sa chanson à une maison d’édition. Cette fois-ci, c’est sûr, on va le publier !
Quelques jours plus tard…
La partition lui est retournée, accompagnée de cet aimable billet.
Cher Monsieur – Nous avons bien reçu votre chanson Szomorú vasárnap et l’avons étudiée avec intérêt – Vous nous dites qu’elle est triste ; nous dirions plutôt qu’elle sue la détresse – Faut être encarté UMP pour aimer ça – Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.
Mais quels cons ! Ces gens-là n’ont-ils donc aucun goût ?
Rezsö, pugnace et tenace, fait jouer la concurrence – il y a toujours un fond d'ultra-libéralisme chez les Hongrois – et trouve un éditeur qui accepte de le publier.

18:25 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Musique, Chanson, Satire, Politique, Sarkozy, UMP, Présidentielles



Commentaires
Ne pouvez vous mettre, cher Monsieur Kaplan une rubrique "newsletter" que je m'abonne... je suis très étourdie et j'ai peur de vous perdre alors que je viens de vous découvrir avec plaisir et j'ai très, très envie de connaitre la suite....
Merci pour ce délicieux moment....
à suivre... oui ... avec impatience....
Ecrit par : Tina | 18.06.2007
Merci de votre suggestion, Tina... Voilà qui est fait.
Ecrit par : Monsieur Kaplan | 19.06.2007
Voilà... je suis prête !!! hihihi...
Ecrit par : Tina | 19.06.2007
Quel talent ! Beau boulot !
Ecrit par : Brigitte Tissot | 26.06.2007
Hallo..
Ich bin neu hier und werde gerne wieder kommen. Wirklich klasse Forum
Hanna
Ecrit par : hannaschm | 06.06.2009
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